© Jacques Vandenberg

Le ciel bleu Charles Szymkowicz (1998)

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Lorsqu’il croise cette imposante toile à l’acrylique de 250 x 200 centimètres, le visiteur se fige. La composition retient l’attention parmi 443 tableaux disposés du sol au plafond dans cette vaste extension transparente que l’architecte Rudy Ricciotti a conçue en 2016 pour La Boverie. Le Ciel bleu est positionné en hauteur, de telle façon que le regardeur le contemple en contre-plongée, comme écrasé par son évidence. Ce positionnement est tout sauf anodin, car il ne s’agit pas seulement d’un autoportrait à l’enfant, pas uniquement d’un père qui porte sa fille dans les bras. Il est avant tout question d’une victoire et d’une revanche.

Ce qui semble le droit le plus élémentaire, à savoir exposer sa progéniture à la lumière, ne l’a pas toujours été – Szymkowicz (1948, Charleroi) n’est pas dupe, lui dont le grand frère, Maurice, a dû vivre caché et sans doute privé de pleurs et de cris dans l’obscurité d’un appartement carolo pendant la guerre. L’artiste le sait d’autant mieux qu’il ne s’est pas représenté serein. Les plis de son corps, sa bouche crispée par un rictus, l’oeil plissé… tout témoigne d’un effort inouï. Personne n’a ici l’idée de sourire, nous sommes loin de l’insouciant cliché de vacances. Des fantômes transgénérationnels jettent des ombres sur les visages. « Le malheur tient Charles Szymkowicz par le pinceau », a écrit Léo Ferré. En ce sens, la toile condense le propos de Le Monde et l’intime, exposition présentée à Liège. On y découvre une lave chromatique, un désir pictural inexorable et excessif, qui se compte en hectolitres de peinture. Les murs, en réalité le monde, disparaissent sous une pratique éjaculatoire, dégoulinante, brutiste et boursouflée. Et l’on aurait bien tort de penser à ce plasticien, qui fut professeur à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles (jusqu’en 2013), comme à un naufragé envoyant des messages vétustes depuis une île qui sombre. La peinture emphatique de Charles Szymkowicz est intempestive et en cela profondément actuelle.

A La Boverie, à Liège, jusqu’au 18 avril.

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