Le champ de bataille s’offre un lifting

Du haut de la butte du Lion, la vue sur la campagne brabançonne est imprenable. Au premier plan, le champ de bataille, classé depuis 1914, traverse le temps, immuable. Que de chemin parcouru depuis dix ans ! A l’époque, le visiteur qui se risquait à grimper jusqu’au lion découvrait un bien triste spectacle : quelques baraques à frites et une piste de karting avaient été vulgairement installées au pied de la butte, sans parler des camping-cars stationnés çà et là, sans aucun égard pour le caractère historique des lieux.

A la fin des années 1990, la fréquentation touristique du site pique d’ailleurs du nez : on dénombre entre 120 000 et 140 000 visiteurs par an. Bref, l’heure du grand changement a sonné. Les pouvoirs publics prennent alors les choses en main, avec un seul objectif en tête : la revalorisation du site.

L’opération débute par le remembrement du hameau du Lion. La Région wallonne et l’Intercommunale Bataille de Waterloo 1815 rachètent une à une les parcelles et les maisons situées aux alentours de la butte, de manière à contrôler tout éventuel projet urbanistique ou commercial futur. Cette première étape va durer six ans. La dernière acquisition de ce type date d’ailleurs du mois dernier.

 » Aujourd’hui encore, on est presque gêné de ce que l’on montre, même si nous sommes sur la bonne voie, confie Yves Vander Cruysen, directeur général de l’ASBL Bataille de Waterloo 1815. Ce champ de bataille est le plus important du monde. C’est aussi celui qui a été le mieux préservé : il est maintenu intact depuis presque 200 ans ! Il constitue pour la ville une fantastique carte de visite. « 

Pour être à la hauteur de l’aura internationale de ce site historique, les autorités n’ont pas lésiné. Entre 25 et 30 millions d’euros ont été investis dans le projet, qui doit faire du champ de bataille la porte d’entrée de la Wallonie. L’idée est qu’une fois passés par Waterloo, les touristes  » descendent  » ensuite dans le sud du pays, pour découvrir Namur, Durbuy, etc.

Pour atteindre le cap des 500 000 visiteurs annuels, la Région s’est donné les moyens de ses ambitions. En 2004, elle a tout d’abord attribué l’exploitation du site à la société française Culture Espace. Spécialisée dans la gestion de patrimoine, celle-ci veille, entre autres, sur les arènes de Nîmes et le théâtre antique d’Orange. La Région a ensuite chargé le bureau bruxellois BEAI de remodeler le paysage architectural.

Les premiers coups de pelle sont attendus en 2009 et les travaux devraient s’achever en 2012. Un mémorial semi-enterré de 5 500 mètres carrés sera ainsi construit. En revanche, le Centre du Visiteur, ainsi que l’hôtel de la Paix et l’hôtel des Touristes, seront démolis, afin de dégager la vue vers la butte et le champ de bataille.

De vastes parkings seront aménagés le long du Ring et une voirie de contournement sera créée au sud du champ de bataille. Cette solution permettra de dévier les 10 000 véhicules qui transitent chaque jour par le hameau du Lion, qui deviendra piétonnier. Une librairie y sera ouverte. Un peu plus loin, les fermes d’Hougoumont (Braine-l’Alleud) et de Mont-St-Jean (Waterloo), deux lieux clés des combats, seront restaurées.

Le projet est aujourd’hui ficelé, mais il doit encore franchir toutes les étapes de son parcours administratif. Après que le Conseil d’Etat a cassé le permis d’urbanisme octroyé six mois plus tôt, en janvier 2006, toute la procédure a dû être recommencée. La première des étapes, c’est-à-dire l’octroi du certificat de patrimoine, devrait être franchie à la fin du mois d’avril.

Une plongée en trois dimensions dans la bataille

Pour attirer les visiteurs, il fallait également un grand spectacle qui permette de faire revivre les terribles combats vécus par près de 300 000 hommes, en 1815. Le metteur en scène Franco Dragone a été sollicité. En collaboration avec la société Tempora, spécialisée dans la conception d’expositions, le groupe Dragone va mettre sur pied un parcours composé de projections en trois dimensions et en haute définition. Le champ de bataille sera reconstitué sur 650 mètres carrés. Les visiteurs seront bombardés d’images et d’effets spéciaux : tremblements de terre, fumées et odeurs les plongeront au c£ur de l’action. La bataille sera revécue heure par heure. Coût du projet : 10 millions d’euros.

 » Les problèmes administratifs nous ont quelque peu retardés, reconnaît Philippe Degeneffe, directeur de projet et vice-président du groupe Dragone. Mais l’idée reste néanmoins de faire quelque chose d’assez spectaculaire et de vivant !  » Ce show s’appuiera également sur un volet pédagogique : en guise d’avant-propos, les acteurs qui vont s’affronter dans la bataille seront présentés. En épilogue, l’impact des combats sur le destin de l’Europe sera analysé.

Tous ces investissements ont une autre finalité que la simple revalorisation du site. Ils portent sur le long terme. Car la morne plaine célébrera le bicentenaire de sa célèbre bataille en 2015. Et le petit monde qui gravite autour de la butte entend bien faire de cette date un moment historique.

 » Ce sera la plus grande reconstitution de tous les temps « , s’enthousiasme Yves Vander Cruysen, chargé de mettre sur pied le programme du bicentenaire. Le record d’affluence, enregistré en 1995, devrait être battu : 175 000 spectateurs s’étaient alors déplacés pour assister à la reconstitution. Faute de places de parking disponibles en nombre suffisant, le Ring avait même été fermé pour permettre aux visiteurs d’y stationner leur véhicule…

Cette reconstitution devrait permettre à la commune de Waterloo de faire parler d’elle dans le monde entier.  » L’impact sera énorme, lance Yves Vander Cruysen. Bien plus important, par exemple, que celui de la désignation d’une ville comme Capitale européenne de la Culture. « 

X.A.

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