Le baromètre des placements

Les Bourses sont à la fois confrontées aux bruits de bottes au Moyen-Orient et à la faiblesse des résultats des sociétés. Celles-ci osent de moins en moins se prononcer quant aux perspectives pour les mois à venir. Ce flou et le scandale comptable chez Ahold ne sont pas de nature à ramener la confiance sur les marchés

Décidément, les espoirs d’une forte reprise économique en 2003 semblent bien loin. A peine deux mois après le début de l’année, les prévisions de croissance ont déjà été revues à la baisse et les prévisionnistes naviguent à vue. Même les autorités monétaires, pourtant censées être les mieux informées pour établir des projections, semblent être en plein brouillard. Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine, se réfugie derrière l’inconnue irakienne pour justifier la morosité économique actuelle. Selon lui, une fois ce problème résolu, l’économie américaine enregistrera à nouveau une forte croissance. En d’autres termes, seules les tensions géopolitiques empêchent la concrétisation de la reprise économique tant de fois annoncée et, dans ce contexte, aucune baisse supplémentaire des taux directeurs ne devrait être nécessaire.

Le discours du côté européen est quelque peu différent. Via une déclaration de son président, Wim Duisenberg, la Banque centrale européenne a fait savoir que la reprise économique escomptée dans la zone euro en 2003 ne serait sans doute pas au rendez-vous. Même si la crise irakienne devait rapidement trouver un dénouement heureux, ses effets néfastes qui affectent les marchés depuis de longues semaines auront été suffisants pour empêcher la reprise des économies européennes les plus faibles et mettre à mal le dynamisme des plus fortes. La BCE a donc pris le pari d’assouplir sa politique monétaire pour sortir l’économie européenne de l’ornière.

Si les autorités monétaires font des analyses différentes de la situation actuelle et mettent en place des politiques divergentes, il en est de même en ce qui concerne le pouvoir politique. Lors du dernier sommet des sept pays les plus industrialisés, le G 7, la fracture entre les partisans et les opposants à une relance budgétaire est apparue au grand jour. Du côté des gouvernements favorables à une politique budgétaire expansionniste, c’est-à-dire dépensière, l’administration Bush occupe la place de premier de cordée. En dépit du rapide dérapage des finances publiques en 2002, le président des Etats-Unis veut à nouveau procéder à des allégements fiscaux. Du côté européen, la France et l’Italie ne veulent pas sacrifier la croissance sur l’autel du pacte de stabilité et laisseront également se creuser leur déficit public tant que la conjoncture ne sera pas favorable. Pourtant, alors que l’efficacité d’une relance budgétaire est discutable, l’augmentation de la dette publique dans les plus grandes économies du globe risque d’entraîner, à terme, une hausse des taux d’intérêt.

Sur le marché des changes, l’euro a fluctué face au dollar américain au gré des derniers développements dans la crise irakienne. Toute tension supplémentaire voit la monnaie unique s’apprécier tandis que les signes de détente favorisent le dollar. Au final, les deux devises ont campé sur leurs positions.

Au vu de ce qui précède, on doit s’attendre à ce que la Banque centrale européenne (BCE) baisse à nouveau son taux d’intérêt directeur dans le courant de 2003, peut-être même lors de sa prochaine réunion, début mars. L’inflation n’est plus un souci majeur, mais la croissance économique, elle, tarde à se concrétiser. Une baisse du loyer de l’argent donnerait un petit coup de fouet aux économies européennes.

Une nouvelle baisse des taux à court terme se concrétisera, le cas échéant, par une diminution de la rémunération des produits de placement à court terme. Les comptes d’épargne seront sans doute aussi concernés. La forte concurrence sur ce marché oblige actuellement les banques û de taille relativement modeste, la plupart du temps û à offrir des conditions supérieures à celles du marché. Mais si les taux continuent de baisser, il n’est pas exclu qu’elles aussi doivent revoir leurs prétentions à la baisse, leurs marges étant déjà faibles. Nous restons toutefois convaincus que les banques qui offrent aujourd’hui de bonnes conditions continueront à faire de même dans le futur.

Les taux à long terme ont encore baissé. Le rendement de l’emprunt d’Etat belge à 10 ans valait fin février 4,05 % environ, contre 4,25 % environ un mois plus tôt. Les conditions des bons de caisse ont suivi, ce qui rend ces derniers encore moins intéressants. Néanmoins, ceux qui recherchent à tout prix un rendement fixe dans l’anonymat trouveront leur bonheur auprès de plus petites institutions qui offrent des conditions supérieures à celles du marché (Argenta et Goffin Banque, par exemple). Les bons d’assurance intéresseront aussi ceux qui peuvent se passer d’un placement anonyme.

En Bourse, sous le signe de la menace d’un conflit imminent en Irak, février se clôture à nouveau dans le rouge. Outre les bruits de bottes au Moyen-Orient, les nouvelles économiques restent mitigées, les prévisions des entreprises, extrêmement prudentes, et la débâcle chez Ahold et autres Altran n’est pas de nature à rétablir la confiance sur les marchés financiers.

A noter que les évolutions sont assez divergentes d’un pays à l’autre. Londres a ainsi bénéficié de la baisse des taux orchestrée par la Banque d’Angleterre. Après conversion en euro, cependant, cette évolution positive est réduite à néant, en raison de la baisse de la livre sterling. En queue de peloton, on trouve, une fois n’est pas coutume, Bruxelles et Amsterdam.

Les résultats jusqu’à présent publiés par les sociétés belges ne sont cependant pas plus mauvais qu’ailleurs, même si la tendance est clairement à la baisse. C’est le cas pour Umicore mais, si un recul significatif des résultats était inévitable pour cette société active dans un secteur fortement cyclique, force est de constater que la gestion appliquée ces dernières années porte ses fruits et que le groupe non ferreux est nettement moins sensible à la conjoncture qu’auparavant.

On ne peut pas en dire de même de Bekaert et de Brantano, ce dernier ayant fortement déçu. Solvay a, de son côté, prouvé le fondé de la stratégie menée, avec un bénéfice par action de + 17 %. La cote bruxelloise souffre du fait que ses grosses valeurs sont pour l’instant peu prisées et de son manque de liquidités. Déjà connue pour être une petite Bourse, Euronext Bruxelles a vu ses volumes de transaction chuter de 18 % entre janvier 2002 et janvier 2003.

Londres et Bruxelles restent des Bourses globalement bon marché. New York reste plutôt chère, en dépit de la baisse des cours et, surtout, du billet vert.

Rappelons, au vu de la situation actuelle, une évidence que l’on a parfois eu tendance à oublier : les placements en actions s’entendent sur une longue période. Idéalement, un particulier qui constitue un portefeuille d’actions individuelles devrait avoir un horizon de placement de 10 à 20 ans afin d’en réduire suffisamment le risque.

Budget Hebdo

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