L’autre affaire Betancourt

Paris tente d’intercéder en faveur de l’otage des Farc et de faire oublier ses tentatives malheureuses de diplomatie parallèle

Sans illusions, mais non sans bonne volonté, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, s’est rendu, la semaine dernière, en visite éclair à Bogota. Objectif : favoriser un accord humanitaire entre le gouvernement d’Alvaro Uribe et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), lesquelles retiennent en otage depuis bientôt quatre ans la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt. Mais la mission de  » Douste  » visait aussi à réchauffer les relations entre les deux pays, profondément dégradées par les initiatives intempestives de la diplomatie française, détaillées dans un livre explosif du journaliste Jacques Thomet, Ingrid Betancourt, histoire de c£ur ou raison d’Etat ? (Hugo doc).

La tentative de sauvetage de l’otage en Amazonie par des pieds nickelés français, en juillet 2003, a laissé des traces. Lancée à l’initiative personnelle de Dominique de Villepin – proche ami d’Ingrid – sans que ni les services secrets français, ni la Colombie, ni le Brésil en aient été informés, l’opération s’était soldée par un lamentable fiasco et une mini-crise diplomatique. Par la suite, l’ancien ambassadeur de France à Bogota, Daniel Parfait, devenu directeur des Amériques au Quai d’Orsay, a multiplié les maladroites pressions à l’égard du président colombien, Alvaro Uribe. Le diplomate est également accusé d’avoir focalisé toute son attention sur la seule Ingrid Betancourt, passant par pertes et profits une autre otage franco-colombienne, Aïda Duvaltier, capturée à l’âge de 67 ans par la guérilla, le 6 mars 2001. Or Daniel Parfait n’est autre que le compagnon d’Astrid Betancourt, la s£ur d’Ingridà Du coup, le diplomate devrait prochainement être invité à  » prendre du recul  » dans la gestion du dossier colombien.

La surmédiatisation, en Europe, du cas Betancourt a eu un effet contre-productif en Colombie. Les Farc savent maintenant qu’Ingrid constitue le  » joyau  » de leur trésor de guerre, qui totalise plus de 1 500 otages. La guérilla, désireuse de nuire au président, a déjà prévenu :  » Si Uribe est réélu en mai, Ingrid en reprend pour quatre ans.  » Or, en raison du succès, certes relatif mais réel, de la politique de fermeté d’Uribe vis-à-vis des Farc, cette réélection paraît hautement probableà l

Axel Gyldén

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content