L’audace de Wang Chao

Tourné clandestinement par un réalisateur rebelle, L’Orphelin d’Anyang confirme le talent et le courage de la nouvelle génération de cinéastes chinois

On licencie aussi en Chine. Massivement. Dagang fait partie de ces ouvriers jetés à la rue sans préavis ni plan social. Privé de ressources, le quadragénaire voit le hasard placer sur sa route un bébé abandonné, sur le vêtement duquel sa mère, une jeune prostituée, a épinglé un message promettant un dédommagement à la personne qui le recueillera. Un coup de téléphone plus tard, Dagang accepte de se charger du marmot. Il rencontrera plus tard la maman, tandis que le père du bébé, un caïd de la pègre qui ne voulait pas en entendre parler, se découvre atteint d’une leucémie et cherche tout à coup à retrouver ce fils dont il veut faire son héritier…

Les licenciements collectifs, la misère prolétaire, la prostitution, le proxénétisme et l’abandon d’enfants: les thèmes abordés par L’Orphelin d’Anyang sont de ceux que les autorités chinoises préfèrent cacher ou minimiser. C’est dire si la démarche de son auteur, Wang Chao, est brave et audacieuse. Jeune artiste rebelle, celui-ci s’est placé en marge du système officiel de production, dont il savait qu’il n’autoriserait jamais de projet aussi critique vis-à-vis de la société chinoise. Wang a ainsi pris l’habitude d’écrire des romans (quatre, à ce jour), dans l’idée d’un jour les porter à l’écran. L’Orphelin d’Anyang est sa première réalisation. Il l’a tourné clandestinement dans une ville de la province du Henan. Emule de Bresson et d’Antonioni, celui qui fut l’assistant de Chen Kaige a choisi une forme réaliste sobre et maîtrisée, allant vers l’épure. Il adopte une distance qui lui fait éviter tout effet sentimental facile, meilleure façon de faire réfléchir en même temps qu’on découvre la détresse des personnages du film. Par son audace comme par son exigence, Wang Chao rejoint les autres représentants de la génération montante, les Lou Ye ( Suzhou River) et autres Jia Zhang-Ke ( Platform), dont le Studio 5 de Flagey, à Bruxelles, où L’Orphelin d’Anyang sort en première exclusivité, remet simultanément et très utilement les films à l’affiche.

L. D.

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