L’art, entre tradition et marketing

Peut-on penser l’art en général, tout en faisant des distinctions qui permettent de mieux en saisir la signification ?

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Cette semaine, je m’attacherai – en (apprenti) sociologue, découvreur des évidences cachées-masquées – à décrire l’art, phénomène commun à toutes les civilisations comme le sont le mariage, les règles de gouvernement, etc. Jusqu’il y a peu, on mettait en avant, pour en cerner la nature, l’idée du Beau ; manière de le certifier, en quelque sorte. Par ailleurs, au-delà de l’émotion devant les splendeurs naturelles, les hommes, depuis le début, ont inclus dans la souveraineté du Beau des réalisations de son  » industrie « . Cela dit, pour participer à la réalisation de l’£uvre d’art ou à sa jouissance, il fallait, dans le premier cas, un métier doublé d’un savoir-faire particulier qui transcendait le seul apprentissage. Bref, un certain talent ou un talent certain. Dans le second cas, la rareté de l’objet d’art et la qualité de sa réalisation en faisaient un objet de luxe, un des signes les plus notoires du pouvoir et de la richesse qui souvent vont de pair.

Mais ce savoir-faire était souvent ignoré. Au Moyen Age, les tailleurs de pierre, parfois sculpteurs de talent, ou les peintres d’incunables restent inconnus. Sans compter une littérature orale et une musique profane et d’Eglise. Alors, le savoir-faire n’est que le matériau dont usent les maîtres d’£uvre à l’instar des généraux qui bâtissent leur réputation sur le courage de la troupe. Pendant une longue période, l’art a servi à glorifier les puissants et à contenter l’  » enchantement  » des foules. Ainsi s’explique qu’au-delà de la créativité de l’art, la tradition – le pouvoir perpétué – a, jusqu’au xixe siècle, enfermé les arts dans des habits de cour ou d’Eglise.

Pour l’heure, nous sommes au c£ur d’une formidable révolution. Le Beau en est la principale victime. Il est accusé d’avoir été le domestique, grassement rémunéré, de tous les pouvoirs. Il les rendait aimables. La conséquence de ce bannissement fut l’émergence d’un art dont la tolérance, pareille à la pensée unique, se limite à ne tolérer que ce qui a du succès : forme actuelle de l’ enchantement. En ce sens, l’art d’aujourd’hui procède d’un savoir très moderne : le marketing. Est-ce une tare ? Non, à tout prendre, la tradition elle aussi a été tolérante… jusqu’à une certaine limite. Et le client-commanditaire était roi.

Pour essayer de comprendre quel avenir possible attend l’art, nous tenterons, dans un prochain courrier, de réfléchir à la nature même de l’art. Elle existe puisque, depuis l’aube de l’humanité, elle nous interpelle.

Jean Nousse

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