L’art d’un grand-père

La fortune d’Anne Sinclair vient d’un bel héritage. Elle est la petite-fille du marchand d’art Paul Rosenberg, qui sut s’entourer des plus grands : Braque, Léger, Matisse, Picasso…

Anne Sinclair est la petite-fille de Paul Rosenberg (1881-1959), l’un des plus grands marchands d’art du xxe siècle, de la trempe des Durand-Ruel, Vollard et Kahnweiler. Si elle n’a jamais caché cette filiation, elle a toujours cultivé la discrétion. Mais la collection de son grand-père continue de susciter la curiosité.

 » Le pedigree Rosenberg reste une référence « , apprécie Andrew Strauss, vice-président de Sotheby’s France et spécialiste de la période. Car Paul, propriétaire d’une galerie rue La Boétie à Paris, avait l’£il, ce qui lui a permis de s’entourer des peintres les plus intéressants, tels Braque et Léger, et surtout Matisse et Picasso, avec lesquels il conclura un contrat d’exclusivité. Le marchand sut également se montrer audacieux : très vite, il comprend l’importance de la circulation des £uvres hors des frontières. En 1935, il installe une succursale à Londres. Avant guerre, déjà, il organise des expositions en Europe et aux Etats-Unis. Obligé de fuir la France et les nazis, il continuera son activité à New Yorkà

Depuis le décès de sa mère, Micheline (fille de Paul), Anne Sinclair est devenue l’héritière directe de cette fabuleuse aventure. Elle n’est toutefois pas la seule, car Micheline avait un frère, Alexandre, qui a repris le flambeau de la galerie new-yorkaise à la disparition de Paul, perpétuant le nom jusqu’à sa propre mort, en 1987. La collection, si elle existe encore, doit donc se partager entre la France et les Etats-Unis, mais certains tableaux peuvent aussi se trouver ailleurs, en Suisse ou en Russie par exemple. Car, à la suite des spoliations nazies, de nombreuses pièces se sont volatilisées.

Ces dernières années, quelques-unes ont pu être restituées à la famille, grâce à l’action des héritiers de Paul, Micheline, sa fille, et Elaine, sa belle-fille, veuve d’Alexandre. Aucun de ces tableaux n’est toutefois resté dans le giron familial, car ils ont été rapidement remis sur le marché. Et, chaque fois, ce fut le jackpot. Les Nymphéas de Monet auraient été vendus, en transaction privée, il y a une dizaine d’années, pour une vingtaine de millions de dollars. Le tableau de Fernand Léger a été adjugé à New York, en novembre 2003, par Christie’s, pour 22,4 millions de dollars, afin sans doute de permettre un règlement de succession entre la France et les Etats-Unis. En novembre 2007, un peu plus d’un an après le décès de Micheline, L’Odalisque, harmonie bleue, de Matisse, s’envolait, toujours à New York et sous ce même marteau, pour 33,6 millions de dollars. Le jour de la vente, Anne Sinclair se trouvait aux premières loges.

ANNICK COLONNA-CÉSARI

De nombreuses £uvres se sont volatilisées à la suite des spoliations nazies

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content