L’architecte Jean Nouvel relogera-t-il la police ?

Guy Verstraeten
Guy Verstraeten Journaliste télé

Dans les multiples cartons urbanistiques de Charleroi, pourtant bridée par un budget serré, figurent des projets pour développer la Ville basse et la Ville haute. Parmi eux, une nouvelle tour pour la police, probablement avec le grand architecte français à la barre.

Les pessimistes parleront de paysage de guerre. Les optimistes y verront les graines du renouveau. L’utilisateur occasionnel des voiries de Charleroi est en tout cas étonné par l’étendue des travaux auxquels il est confronté en ville, notamment le long de la chaussée de Charleroi. Une artère éventrée par l’arrivée prochaine du  » métro léger « , un tram en site propre : une Arlésienne qu’on attendait depuis si longtemps que certains autochtones doivent encore se pincer pour y croire. Les chantiers de la boucle centrale devraient enfin arriver à terme : c’est l’un des projets les plus improbables de la ville, par sa durée et par l’argent qui lui a été consacré, qui semble en voie de finalisation…

Nul doute que les autorités locales tiendront compte de cette boucle (enfin bouclée) dans leur réflexion sur le devenir urbanistique de Charleroi. D’ici à la fin de l’année, voire au début 2012, un projet de schéma de structure devrait être présenté au conseil communal. Préparé en collaboration avec le très actif bureau Cooparch, ce document imagine donc la ville à l’horizon de vingt ans. Curieux, cela dit, de voir une cité d’une telle ampleur s’armer d’un schéma de structure… si tard.  » Le même type de travail avait déjà été réalisé dans les années 1990. Mais le pouvoir communal avait fini par y renoncer. On a relancé le projet, qui se veut un outil prospectif. Charleroi est une ville composite, où l’on trouve beaucoup de zones d’habitat, mais également pas mal de zones vertes et de zones industrielles. Or les permis d’environnement de certaines usines, sidérurgiques notamment, arrivent à échéance en 2021-2023 : elles sont très consommatrices de foncier et assez polluantes. Dans un contexte où l’on se pose la question de la pérennité de la sidérurgie, on pourrait remettre en cause ces implantations ou, en tout cas, y amener d’autres conditions, d’autres contraintes « , confie l’échevin de l’Urbanisme, le socialiste Eric Massin.

Le paysage carolo pourrait donc être sérieusement modifié en fonction du devenir de la sidérurgie, même si on se projette, ce faisant, dans la prochaine décennie. Du long terme, donc. Difficile de soutirer l’information : l’échevin juge  » prématuré  » d’en dire plus sur les orientations qui seront développées dans ce schéma de structure. Lequel donnera évidemment les priorités de la ville en termes d’habitat, d’infrastructures et de développement économique. Les nombreuses ZACC (Zone d’aména-gement communal concerté) devraient être largement partie prenante de cette réflexion.  » A ce schéma de structure, il faudra ajouter le Règlement communal d’urbanisme. Il nous permettra de donner des lignes directrices sur ce qui peut se faire et ne pas se faire au niveau architectural « , poursuit Eric Massin.

Plus concrètement, le schéma directeur de la zone industrielle Marchienne-Monceau est, lui, en phase d’achèvement dans le cadre général de la réflexion sur la Porte Ouest de Charleroi. Là aussi, les permis d’environnement arriveront à échéance et la ville semble décidée à imposer aux usines sidérurgiques présentes sur le site la création d’un parc entre la Nationale 90 et la Sambre. Actuellement occupée par des terrains en jachère, par un ferrailleur et par un vendeur de voitures, la zone devrait être dépolluée… par la technique de la phytoremédiation qui, grosso modo, consiste en l’assainissement du sol par les plantes.  » Ce document est l’un des éléments du schéma directeur de la Porte Ouest. Pour autant que les problèmes financiers de la ville se règlent, il devrait sortir dans les mois qui viennent « , estime l’échevin. Le souci, évidemment, est que les problèmes financiers de la ville n’ont rien d’anecdotique…

Ça bouge à la Ville haute

Etablie face au palais de justice, la caserne Trésignies, où l’on trouve notamment la pépinière d’entreprises Héraclès, va connaître une réaffectation complète suivant, là aussi, un schéma directeur. Dans le courant de l’année, la ville devrait lancer un appel à projets pour désigner le promoteur privé qui développera un site mixte avec des bureaux, du logement et des bâtiments destinés aux services publics. Les travaux sont prévus en 2012 et 2013. La procédure suit son cours. Mais c’est dans une autre caserne que l’on devrait assister à l’un des développements les plus spectaculaires de l’histoire locale.

L’ancienne caserne de gendarmerie Defeld, outre l’extension du siège de Charleroi/Danses, accueillera le nouvel hôtel de police.  » Le marché public a été attribué par la ville, mais il n’a pas encore été notifié aux intéressés parce qu’on a été confronté à deux recours. On attend que l’arrêté du gouvernement wallon tombe. Quand on aura notifié le marché aux intéressés, ils disposeront de quarante mois pour livrer le développement « , précise Eric Massin, qui n’infirme ni ne confirme quand on lui demande si ce sera bel et bien le célèbre architecte français Jean Nouvel (Tour Agbar à Barcelone, musée Reina Sofia à Madrid, musée du Quai Branly à Paris) qui sera chargé d’ériger une tour passive de 75 mètres de hauteur. Nos informations suggèrent pourtant que le célèbre architecte français pourrait bien être de la partie, pour l’un de ses seuls projets belges :  » Disons que c’est un bruit qui court dans les milieux bien informés de Charleroi « , sourit l’échevin, en évoquant ce qui serait véritablement un projet emblématique pour la ville.

A ces projets de revitalisation urbaine, il faut également ajouter la rénovation et l’extension du siège de l’intercommunale Igretec, au boulevard Mayence.  » Les surfaces de bureau vont être étendues et tous les services de l’intercommunale pourront s’y installer. La première phase devrait intervenir fin 2011, la demande de permis d’urbanisme a été déposée « , commente l’échevin Massin, que l’on interroge également sur l’extension du palais de justice :  » La deuxième phase de l’extension va démarrer. Dans les cartons, nous avons également le déménagement de l’hôpital civil vers Lodelinsart, ce qui laissera un bâtiment à réaffecter. « 

Phénix et Rive gauche pour la Ville basse

Le projet Rive gauche (voir en page 119), porté par le groupe Engelstein, pourrait, lui aussi, modifier profondément une partie de la ville qui en a clairement besoin. Reste que le projet suscite le débat, voire la perplexité dans le chef de certains.  » Le permis d’urbanisme devrait être déposé au cours de ce mois de mai 2011 « , précise Eric Massin.

L’autre projet phare situé dans la Ville basse, le développement  » Phénix « , devrait être bouclé d’ici à la fin de 2012. Les travaux ont bel et bien commencé et avancent correctement, notamment à la place de la Digue et à la rue de la Montagne. Ce sont des fonds européens qui sont venus à la rescousse de la ville, pour ce  » Phénix « . On parle ici de rénovation urbaine puisqu’il est question d’une palette de sept différents projets de transformation de l’espace public, entre les quais de la Sambre, les voiries, les places, les bâtiments de la ville, etc.

En complément de ce programme de revitalisation, une zone de rénovation urbaine a été mise en place : il s’agit d’acheter des bâtiments inoccupés, de les rénover et de les remettre dans le circuit locatif. On sait en effet que la ville peine à remettre son centre-ville au centre de l’attention du chaland acheteur/locataire, qui a plutôt tendance à le déserter. L’enjeu est donc on ne peut plus sérieux : proposer un habitat plus qualitatif dans le centre pourrait clairement modifier une donne qui, aujourd’hui, n’incite pas vraiment à l’optimisme.

GUY VERSTRAETEN

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