L’appel des télécoms?

Après avoir subi, comme tant d’autres secteurs, une sévère correction, les télécoms semblent retrouver une certaine vigueur depuis octobre dernier. Un signe annonciateur d’une reprise? Ou un simple feu de paille?

Depuis octobre 2002, l’indice de référence du secteur télécoms pour l’Europe, le DJ Stoxx 600 Telecom, a gagné près de 20 %, compte tenu de la baisse de ces dernières semaines. En comparaison, l’indice général DJ Stoxx 600 (tous secteurs confondus) reculait de plus de 5 % sur la même période. Peut-on conclure de cette sur-performance que le secteur télécoms a recouvré son éclat d’antan?

Pour répondre à cette question, il convient de revenir sur les éléments fondamentaux du secteur et sur ses perspectives d’avenir, facteurs qui, à long terme, prévaudront par rapport aux spéculations à courte vue. Or force est de constater que la situation reste fragile.

Débiteurs massifs

Premier gros problème du secteur : la dette et la capacité des entreprises à y faire face. Et l’addition est salée. Au total, les principaux opérateurs télécoms européens affichent dans leur bilan un endettement de 275 milliards d’euros (!), soit 2,3 fois la capitalisation boursière des entreprises belges cotées (120 milliards d’euros). Hasard ou pas, ce sont surtout les entreprises semi-privées qui affichent les passifs les plus exorbitants: France Télécom, Deutsche Telekom et KPN représentent ensemble 50 % de la dette totale des principaux opérateurs télécoms européens (15 en tout), tant fixes que mobiles.

Ce ne serait pas catastrophique si ces entreprises affichaient des bénéfices plantureux et des perspectives de croissance appréciables. On en est loin… Dans ces circonstances, il n’est pas étonnant que les agences de notation s’en soient donné à coeur joie pour revoir les ratings de solvabilité des télécoms à la baisse. Ce qui signifie que les risques de défaut de paiement augmentent. Un exemple? France Télécom affichait encore un rating AA+ au 3e trimestre 1999; aujourd’hui, il est tombé à un piètre BBB-, juste au-dessus du niveau des obligations spéculatives (junk bonds), soit une baisse de 8 crans en 3 ans et demi. Et les intérêts vont de pair…

Objectif: rentabilité

Outre les ventes d’actifs, émissions d’obligations et autres émissions d’actions, qui présentent chacune leurs inconvénients (et bien peu d’avantages, en fait), l’amélioration de la structure financière des entreprises télécoms devra passer par une amélioration des bénéfices. C’est sur ce point que tous les regards sont désormais tournés.

Or une hausse de la rentabilité doit passer par une hausse du chiffre d’affaires et/ou par une baisse des coûts. Dans le domaine de la croissance des ventes, de nombreuses questions se posent. Les taux de pénétration de la téléphonie mobile sont tels (en Europe occidentale, du moins) qu’on peut déjà parler de saturation. La hausse du nombre d’abonnés ne sera donc plus un catalyseur de la croissance future.

Autre solution pour tirer le chiffre d’affaires: augmenter l’ARPU (Average Revenue Per User), c’est-à-dire les revenus encaissés par client. Pour ce faire, on comptait beaucoup sur l’arrivée du multimédia mobile pour inciter les utilisateurs de téléphone portable à dépenser davantage. Avec le temps, cependant, il semble que les revenus tirés du multimédia mobile (transfert de données) ne suffiront qu’à compenser la baisse des tarifs dans les communications téléphoniques (qui restent et resteront la principale source de revenus pour les opérateurs).

Comprimer les coûts

Mais à quoi diable serviront alors les milliards d’euros dépensés dans les licences UMTS (la téléphonie mobile de la 3e génération) si ce n’est à accroître le chiffre d’affaires? Probablement à réduire les coûts. A l’heure actuelle, les réseaux sont en effet proches de la saturation; il suffit pour s’en persuader d’observer l’encombrement des réseaux qui a lieu, chaque année, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Dès lors, on peut craindre le pire lorsque les services multimédias prendront plus d’ampleur.

C’est à ce niveau que la téléphonie mobile de 3e génération sortira pleinement ses effets. L’UMTS pourra servir à désengorger le réseau à moindre coût. De nouvelles fréquences pourront être utilisées pour les appels et transferts de données mobiles. De plus, la technologie UMTS est plus efficace que la technologie GSM actuelle. Un réseau UMTS, d’un coût analogue à un réseau GSM, présente une capacité 8 fois supérieure. Une étude conjointe du consultant A.D. Little et du broker français Exane a ainsi démontré qu’un réseau basé à 70 % sur l’UMTS (dans les zones urbaines) et à 30 % sur le GSM (dans les zones rurales) pourrait coûter 18 % de moins qu’un réseau 100 % GSM. Lorsqu’on sait qu’il faut normalement tabler sur un montant de 5 à 7 milliards d’euros de dépenses d’investissement pour couvrir des pays comme la France ou l’Allemagne, ces économies sont loin d’être négligeables.

Multimédia mobile: le prochain défi

Le multimédia mobile en est à ses premiers balbutiements en Europe, mais porte en lui de grands espoirs. E-mail, MMS, MP3, vidéo, streaming vidéo sont autant de noms barbares qu’il y aura de nouveaux services grâce au multimédia mobile. Il est loin le temps où le téléphone servait à… téléphoner. Parmi ces innovations, c’est sans doute le MMS, successeur de l’actuel SMS, qui semble le plus porteur. Ce service permettra à l’utilisateur d’envoyer textes, photos et sons via les réseaux. Le bureau de recherche Mobile Stream estime que 25 millions de MMS ont été envoyés en moyenne chaque mois dans le monde en 2002. La croissance à venir devrait être impressionnante, puisque ce bureau attend une diffusion mensuelle de 65 milliards de MMS à l’horizon 2008.

Vu la palette de services possibles, le multimédia mobile devrait être plutôt un outil de différenciation pour les opérateurs mobiles et soutenir ainsi la concurrence entre les opérateurs. On estime que les petits opérateurs (part de marché inférieure à 10 %) ne devraient pas survivre dans ces circonstances, tandis que les opérateurs moyens (de 10 à 17 % de parts de marché) devraient se montrer plus agressifs. De même, les nouveaux entrants tels qu’Hutchison 3G disposant d’une licence UMTS et nourrissant de grandes ambitions devraient développer leurs réseaux de 3e génération plus rapidement et accélérer aussi la concurrence. Parmi les pays les plus touchés par ces phénomènes de concurrence agressive, la Grande-Bretagne souffrira certainement le plus. Par contre, l’Espagne devrait beaucoup mieux s’en tirer.

Vincent Joye (Cash!)

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