L’Amérique manque de bras

Dopée par la croissance, l’industrie peine à trouver des ouvriers qualifiés. Une pénurie aggravée par l’effet papy-boom

De notre correspondant

Ce qui va mal chez General Motorsà n’illustre pas ce qui se passe à l’échelle de l’Amérique. Au moment où le géant de Detroit annonce une nouvelle vague de suppressions d’emploi (voir l’encadré) et doit même démentir officiellement des rumeurs sur son éventuelle faillite, le reste de l’industrie américaine, dopé par un taux de croissance national de 4,3 %, semble pâtir de sa trop bonne santé. Selon deux récentes enquêtes professionnelles, 83 % des patrons de l’industrie peinent à trouver assez d’employés qualifiés ; une pénurie qui, dans les cinq ans à venir, pourrait coûter quelque 50 millions de dollars en moyenne à chaque entreprise, en frais de recrutement et de formation maison, en perte de clientèle et en paiements record d’heures supplémentaires.

Vingt ans de lutte contre la concurrence mondiale et de douloureuses restructurations ont certes porté leurs fruits, mais, aujourd’hui, les usines les plus productives et les plus automatisées manquent d’humains capables d’entretenir et de réparer leurs robots, dont les pannes, en particulier dans le secteur de l’automobile, peuvent se chiffrer à 50 000 dollars par minute d’arrêt de production. Cette carence ne se limite pas à l’élite des techniciens de maintenance. Selon Kim Hill, directeur de recherche au Center for Automotive Research, à Ann Arbor, près de Detroit, la crise générale du recrutement s’explique  » par les départs à la retraite massifs des baby-boomers, par l’expansion de producteurs étrangers sur le territoire américain et, surtout, par la mauvaise image des emplois industriels, toujours perçus comme vieillots et dépassés « .

Les employeurs se plaignent aussi du mauvais niveau des candidats à l’embauche.  » En s’installant dans le Sud, beaucoup d’entreprises ont voulu s’affranchir des syndicats, qui sont d’importants pourvoyeurs de formation et d’apprentissage, répond Michael Handel, sociologue du travail à l’université Northeastern, à Boston. Ensuite, ce que les patrons considèrent comme de l’incompétence n’est souvent qu’un problème de comportement et d’indocilité. La jeune génération a tout simplement du mal à apprécier, malgré les progrès technologiques, ces jobs plutôt répétitifs et pas si bien payésà  » l

Philippe Coste

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