Laissez entrer les (gentilles) bactéries !

On ne cesse de vanter leurs prouesses : les probiotiques permettraient de renforcer naturellement les défenses de l’organisme. Entre autres qualités

Les yaourts que l’on trouve actuellement dans nos magasins d’alimentation ne ressemblent plus forcément à ceux que l’on mangeait il y a quelques années. En effet, aux microbes que contenaient ces derniers (comme le Lactobacillusbulgaricus et le Streptococcusthermophilus) se sont souvent substitués ou ajoutés des sortes de  » supers-microbes « , sélectionnés pour leurs effets positifs dans l’organisme. Ces nouveaux produits font partie de ce que l’on appelle les probiotiques. Ils ont beaucoup d’atouts, et on en découvre d’autres encore.

Toutes les bactéries ne sont pas nuisibles à la santé. C’est le cas, par exemple, pour celles qui colonisent les intestins. On sait que les nouveau-nés nourris au sein possèdent, dès le premier mois de leur vie, une flore intestinale riche en bifidobactéries. Par rapport aux enfants recevant du lait pour nourrisson, cela les rendrait, notamment, plus résistants aux infections et moins enclins aux diarrhées.

Consommation quotidienne

En réalité, notre intestin constitue un organe de défense essentiel. En effet, la flore intestinale dresse un premier rempart naturel contre des envahisseurs extérieurs susceptibles de perturber l’organisme : plus cet organe possède de bonnes bactéries, moins il y a de place pour les mauvaises ! Fort de 100 000 milliards de microbes, l’intestin compte aussi 80 % des cellules du système immunitaire. Et on peut, véritablement, parler d’intelligence intestinale quand on sait que le système immunitaire intestinal garde en mémoire le souvenir d’une agression et peut donc réagir beaucoup plus rapidement en cas de menace similaire.

Cependant, pour que cette arme soit efficace, elle doit être maintenue en bon état. Cela signifie que les bonnes bactéries doivent rester dominantes au sein de la flore colique. Or la composition de la flore intestinale varie avec l’âge et elle dépend, en grande partie, de notre alimentation. De ce constat est née l’idée d’assurer à notre corps l’apport d’un probiotique, c’est-à-dire d’un  » supplément alimentaire composé de bactéries vivantes qui exercent un effet bénéfique pour l’hôte en améliorant l’équilibre de la flore intestinale « .

Les bifidobactéries, plus connues sous le nom de  » Bifidus « , font partie, à l’instar d’autres bactéries lactiques telles que les lactobacilles, de la grande famille des probiotiques. De nombreux produits alimentaires fermentés contiennent naturellement des probiotiques ou en sont enrichis : c’est le cas de yaourts, de jus de fruits et de fromages frais aux bifidus et/ou aux lactobacilles, de l’Actimel, du Yakult, etc. Il existe même un produit dont le principe actif repose sur une levure probiotique ( Saccharomyces boulardii) : il pourrait bientôt être classé comme médicament, car il s’avère efficace pour lutter contre la diarrhée.

Bien que la plupart des actions attribuées aux probiotiques doivent encore être confirmées à plus grande échelle chez l’homme, leur consommation alimentaire régulière semble bénéfique dans plusieurs situations. C’est déjà le cas sur un plan strictement nutritionnel. En effet, les bifidobactéries produisent naturellement certaines vitamines (B1, B2, C, B3, B9) qui, sans être en quantités astronomiques, suffisent toutefois à améliorer la valeur nutritionnelle des laits fermentés. Les bactéries lactiques du yaourt peuvent aussi contribuer à la digestion du lactose, car elles possèdent une enzyme (la lactase), aidant à digérer le sucre du lait. C’est pour cette raison que le yaourt est généralement mieux toléré que le lait par de nombreux adultes… Cet effet bénéfique est propre à la plupart des probiotiques.

Ces bons microbes exerceraient également une puissante action antibactérienne à l’égard de toute une série de germes nuisibles responsables, notamment, de diarrhées. Cette action est due en partie à la production d’acides et de substances qui s’opposent à la croissance des mauvais germes dans l’intestin. La durée d’une diarrhée ( » turista « , notamment) est ainsi limitée par la prise de Saccharomyces boulardii, de certaines souches de bifidobactéries et de lactobacilles. Chez l’enfant, la sévérité d’une diarrhée à rotavirus (un virus difficile à éradiquer) est également diminuée avec le recours à certains probiotiques. Il en va de même pour certaines formes de diarrhée dues à l’usage d’antibiotiques. L’action bactérienne des probiotiques se manifesterait aussi au niveau de l’estomac, particulièrement contre Helicobacter pylori, une bactérie responsable de l’ulcère gastro-duodénal, mais ce sujet prête encore à controverse.

A titre anecdotique, les probiotiques sont également capables de diminuer significativement la présence de micro-organismes pathogènes dans… la flore nasale. Cet effet repose sans doute sur la production, sous l’impulsion de la flore intestinale, d’anticorps spécifiques dans la flore nasale. On estime même que ces anticorps pourraient réduire l’incidence des sinusites, des inflammations des voies respiratoires et des oreilles…

Actuellement, on étudie aussi avec attention la possibilité d’un renforcement des défenses immunitaires dû aux probiotiques. Des travaux ont montré que la consommation de yaourt s’accompagnait d’une augmentation de certains anticorps et d’autres composants du système immunitaire. D’autres bactéries lactiques peuvent aussi stimuler le système immunitaire intestinal impliqué aussi bien dans les processus infectieux que dans les réactions d’hypersensibilité (allergies). C’est pourquoi la piste des probiotiques est prise très au sérieux dans le traitement des maladies inflammatoires de l’intestin, comme la maladie de Crohn, l’intestin irritable ou la rectocolite ulcéro-hémorragique.

Plusieurs études suggèrent également la présence d’une flore intestinale de moindre qualité chez les enfants souffrant d’allergie, avec plus de bactéries pathogènes et moins de celles qui protègent. A l’inverse, les autres enfants possèdent une flore mieux colonisée par les bons Bifidus, notamment. En outre, la flore intestinale des enfants allergiques comprendrait des Bifidus mais ils seraient différents et, surtout, sécréteraient des molécules induisant l’inflammation. Ce problème, très complexe, fait l’objet de divers essais thérapeutiques.

Chez le nourrisson, le traitement classique de l’allergie au lait de vache consiste à donner des laits spécialisés afin de réduire le risque de symptômes. De nouveaux laits pour bébé, associant certains probiotiques (Bifidus et lactobacilles) donnent cependant des résultats assez spectaculaires, à savoir la rémission des symptômes dans des délais trois fois plus brefs. Le plus prometteur en ce domaine se trouve cependant du côté de la prévention des allergies : certains probiotiques, s’ils sont consommés pendant la grossesse par des femmes allergiques, diminuent de près de 50 % le risque de développer l’allergie à la naissance ! Mieux, après deux ans d’un tel régime chez l’enfant, la protection pourrait perdurer jusqu’à la fin de l’adolescence…

Effet moins spectaculaire, mais tout aussi important, les probiotiques peuvent soulager rapidement la constipation et normaliser un transit intestinal paresseux, en deux à trois semaines : 1 Belge sur 5 est concerné par ce problème.

Enfin, les laitages fermentés font aussi l’objet d’une attention soutenue de la part des scientifiques qui s’intéressent au cancer colorectal. De plus en plus d’études épidémiologiques et expérimentales convergent pour attribuer à ces produits un effet protecteur. Mais ici, les probiotiques ne seraient pas seuls en cause, puisque la prévention dépendrait aussi de la teneur en calcium et en vitamine D, ainsi que d’autres composants du lait.

Toutes les promesses des probiotiques, présentes et à venir, reposent cependant sur une condition : pour bénéficier de leurs effets bénéfiques, il s’agit d’en consommer quasiment tous les jours. En effet, lorsque la période d’ingestion se termine ou est trop souvent interrompue, la flore autochtone reprend rapidement ses droits…

Nicolas Rousseau diététicien nutritionniste

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