La vérité après le 13 juin

Le gouvernement Verhofstadt fait le paon, à deux mois des prochaines élections. Sur le papier, son budget annuel assure toujours l’essentiel. Il ne se passera plus rien avant le mois de septembre, celui des vraies décisions

C’est le printemps, et voilà le gouvernement qui entre à nouveau en hibernation ! Le lundi 5 avril, l’équipe Verhofstadt a proprement expédié la routine : quelques heures, à peine, pour vérifier que le budget fédéral de l’année en cours tient la route. Avant ça, les ministres libéraux et socialistes avaient mis les bouchées doubles (et sorti leurs plus beaux sourires commerciaux) pour extraire l’exécutif d’une certaine léthargie, causée par le strict équilibre des forces, qui incite manifestement à la méfiance réciproque. Du 16 janvier au 31 mars, la coalition violette s’est ainsi adonnée à la nouvelle mode des  » super « -Conseils des ministres. Elle a bluffé les médias et, il faut bien l’avouer, relancé la mécanique (lire l’encadré ci-contre). Mais le feu de paille est déjà éteint… C’est que, dans deux mois, les Belges seront à nouveau appelés à voter. A priori, ces élections régionales et européennes du 13 juin ne concernent en rien le gouvernement fédéral. Il est toutefois évident que ce dernier sera totalement paralysé jusqu’à la rentrée de septembre. Car les mêmes familles politiques sont au pouvoir dans les Régions et les Communautés û où, sauf à Bruxelles, les  » bleus  » et les  » rouges  » bénéficient du modeste soutien des Verts. Davantage que sur leurs bilans respectifs, elles y seront jugées sur une vague impression : oui ou non, cette alliance de la gauche et de la droite a-t-elle encore un avenir ? Pour entretenir l’illusion, vu les mauvais sondages des derniers mois, le Premier ministre Guy Verhofstadt û qui joue gros û devait donc tenter quelque chose. Aujourd’hui, la messe est dite. La campagne électorale s’ouvrira officiellement le 1er mai. Rideau.

Fier comme Artaban, Verhofstadt peut à première vue se réfugier derrière des résultats budgétaires étincelants. Pour la cinquième fois d’affilée, en 2004, les comptes de l’Etat fédéral devraient être équilibrés. En clair, la Belgique et son déficit zéro confirment leur nouveau statut d’élève européen vertueux, aux côtés du Danemark, de l’Espagne, de la Finlande et de la Suède. A l’inverse de la France, des Pays-Bas ou de l’Italie, dont les dérapages budgétaires sont préoccupants… Chez nous, la dette publique pourrait très prochainement passer sous le cap des 100 % du produit intérieur brut (PIB, la richesse produite au cours d’une année). Un ratio de 97,2 % est prévu pour la fin 2004. Même les récentes mesures favorisant les indépendants et les allocataires sociaux, ainsi que les acquis du dernier sommet ministériel consacré à la justice et à la sécurité (lire p.16 ), n’ont pas réellement grevé le budget annuel. Certaines décisions avaient été anticipées. D’autres n’auront un impact qu’en 2005, 2006 et 2007. Enfin, l’espoir légitime d’une croissance économique portée de 1,8 % en octobre à 2 % aujourd’hui et la mise en £uvre de quelques économies  » chirurgicales  » û forcément indolores, élections obligent û ont permis de gommer le coût incompressible des mesures des super-Conseils (38 millions d’euros).

Tout va très bien, madame la marquise ? Mais alors pourquoi, ces dernières semaines, certaines éminences socialistes et libérales ont-elles explicitement mis en cause cette politique budgétaire d’entre deux élections ?  » L’Etat fédéral dépense trop !  » a ainsi déclaré le ministre de l’Intérieur Patrick Dewael (VLD).  » En accentuant la baisse des cotisations sociales, on risque de creuser le trou de la sécurité sociale « , a prophétisé son collègue des Affaires sociales, Rudy Demotte (PS), alors même que les comptes 2004 de l’impécunieuse  » sécu  » devraient dégager un surplus trois fois inférieur à celui escompté. Même le ministre du Budget Johan Vande Lanotte (SP.A) tient un double langage : radicalement optimiste, aujourd’hui, l’Ostendais a cosigné une carte blanche, en janvier, où il annonçait une  » année perdue « , faute de réelles ambitions politiques.

Tel est en effet le scénario le plus probable : à force de reporter les arbitrages les plus sensibles, l’an passé et au cours des premiers mois de cette année, à chaque fois en raison d’importantes échéances électorales, les partis au pouvoir font monter la pression pour l’automne prochain. Il s’agira alors de confectionner un budget 2005 de tous les dangers. Or, petit à petit, la plupart des experts indépendants conviennent que le gouvernement Verhofstadt a dangereusement relâché la discipline budgétaire. La baisse du surplus primaire, qui exprime la différence entre les recettes et les dépenses de l’Etat, sans compter les charges d’intérêts dues à l’imposante dette, est là pour en attester. Selon les chiffres officiels du gouvernement, ce surplus primaire, bien précieux pour anticiper le coût du vieillissement démographique, diminuera de 6,9 % en 2000 et 7,1 % en 2001 à 5 % seulement en 2004. Bien trop peu pour préparer le choc des  » pensions « , dont le financement sera problématique d’ici à la fin de la décennie ! En 2005, il faudra donc faire mieux… alors que certaines ficelles à impact unique auront été épuisées : la reprise du fonds de pension de Belgacom (5 milliards d’euros) et le bénéfice de l' » amnistie  » fiscale (850 millions budgétisés), qui enjolivent les comptes de 2004. A l’instar des fameux sommets ministériels des dernières semaines, le gouvernement Verhofstadt devra être particulièrement inventif pour passer ce cap difficile.

Philippe Engels

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