La seconde jeunesse du théâtre wallon

Pour oublier ses casseroles et rire de bon cour, le public carolo retourne au théâtre. Mais pour assister à des pièces en wallon. Couillet mène la danse.

C’est un art dont la vigueur actuelle, à Charleroi, est inversement proportionnelle à la notoriété auprès du grand public : le théâtre en wallon. Très en vogue au début du siècle dernier, ce type de représentation avait été relégué, à la fin du millénaire, à un passe-temps pour grands-parents nostalgiques.

Les luttes de clochers entre les différents cercles dramatiques avaient achevé de plonger le style, peu accessible pour les non-initiés au dialecte et socialement daté, dans une relative morosité.

Il était loin, l’an 1885 où le Liégeois Edouard Remouchamps déplaçait les foules avec sa pièce satirique Tati l’periki et revendiquait le statut de langue littéraire pour son patois, donnant par la même occasion naissance à ce que l’on appelle le théâtre wallon moderne.

Mais un vent de renouveau souffle depuis quelques années. Les programmations se détournent des drames réalistes tels ceux de Nicolas Trokart, Michel Meurée, Georges Simonis ou Albert Voral, qui, malgré leur statut de chefs-d’£uvre, étaient en perte de vitesse auprès des spectateurs. A leur place : des adaptations ou des créations plus légères, à l’aspect comique assumé.

C’est le cas notamment dans l’une des plus anciennes sociétés dramatiques et philanthropiques du Grand Charleroi, le Cercle wallon de Couillet, créé en 1903.  » L’adaptation de certains vaudevilles français en patois carolo a permis de renouveler le public et d’en faire baisser l’âge moyen, affirme Philippe Jandrain, président du Cercle. La dernière pièce que nous avons adaptée, Frou-Frou les Bains de Patrick Haudec£ur, avait été jouée plus de mille fois à Paris, dans sa version française. Aux habitués sont donc venus se greffer pas mal de curieux.  »

Joseph, 31 ans, était de ceux-là. Sans vraiment comprendre le wallon, cet architecte a suivi un groupe d’amis  » pour le fun. Je connaissais l’original. Et puis les sonorités truculentes de la langue wallonne me font rire.  » Un succès populaire également dopé par la présence sur scène de Fanny Jandrain, fille du président, mais surtout comédienne aguerrie et finaliste au concours Miss Belgique 2007.

Des comédiens en herbe, pour assurer la relève

La deuxième innovation importante dans ce renouveau s’opère en coulisses. Et ici aussi, Couillet, à l’instar de Mont-sur-Marchienne, tente d’assurer la relève en développant sa propre école de jeunes.  » Nous avons actuellement une quinzaine d’enfants et d’adolescents âgés de 6 à 15 ans pour lesquels une pièce a été créée sur mesure. Les jeunes attirant les jeunes, nous espérons engendrer un effet d’émulation, détaille Pierre Jandrain. Avec le creux de ces dernières années, il devient difficile de trouver des acteurs pour incarner des rôles de jeunes premiers. « 

Parallèlement, l’initiative d’ouvrir gratuitement les portes du centre culturel lors des répétitions a aussi permis d’établir un contact avec la population environnante, ajoutant à la mixité générationnelle le brassage culturel et social.  » Désormais, les jeunes qui zonaient sous le porche du centre culturel y viennent, jettent un £il, et, le plus souvent, repartent. Mais au moins, ils savent ce qui se passe à l’intérieur du bâtiment qu’ils avaient l’habitude de tagger « , remarque Pierre Jandrain.

Au final, la saison 2007-2008 du Cercle wallon de Couillet a drainé environ 3 000 spectateurs en quatre spectacles et une revue, soit une vingtaine de représentations. On est loin de la fréquentation des théâtres traditionnels. Mais le bilan est de bon augure pour cette ASBL, composée exclusivement de bénévoles, qui proposera la saison prochaine sa propre adaptation du Dîner de cons de Francis Weber.

Hu. P.

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