La santé coûte cher

Exposé à des métaux toxiques dans le cadre de son travail, Jean-Paul tente de construire sa vie entre les médicaments, les allocations de chômage et les experts.

Il n’en a pas l’air, comme ça, mais cet homme est un transporteur de métaux à lui tout seul : dans son sang, il y a du plomb. Et de l’aluminium. Son corps abrite aussi de l’amiante et du béryllium, ce métal toxique et cancérogène. Jean-Paul, 57 ans, paie ainsi le prix d’une quinzaine d’années de labeur dans une fonderie de la région liégeoise. Sans aucune protection. Atteint d’  » infections injustifiées des voies respiratoires « , il souffre régulièrement de quintes de toux si fortes qu’il en perd connaissance. Son médecin recommande qu’il soit écarté de la fonderie mais il est reclassé à l’atelier, où les mêmes métaux sont utilisés. Jusqu’à ce qu’il soit licencié, sans aucune explication. Il a 47 ans.

Depuis lors, Jean-Paul est demandeur d’emploi. Il est surtout en traitement permanent pour tenter de limiter les conséquences de ce travail empoisonnant. Des troubles neurologiques, liés au plomb, sont venus s’ajouter aux difficultés respiratoires. Il n’y aura pas de retour en arrière possible. En attendant, il se bat toujours contre le Fonds des maladies professionnelles pour être intégralement dédommagé…

La santé n’a pas de prix mais elle coûte excessivement cher. Avec une allocation de chômage de 1 130 euros par mois, Jean-Paul s’en sort à peine. Ses charges ne sont pourtant pas excessives. Mais la compagnie d’assurances qui lui a concédé un contrat d’assurance-vie la lui a fait payer au prix fort. Domicilié dans un village que les bus fréquentent peu, il a conservé sa voiture, ne fût-ce que pour se rendre régulièrement à l’hôpital. Elle lui coûte, mais il ne voit pas comment il pourrait vivre autrement.

Depuis quelques années, le CPAS octroie à Jean-Paul une allocation de 75 euros par mois pour ses médicaments.  » Sans cette aide, je serais mort « , dit-il. Il lui arrive aussi de recevoir des échantillons de médicaments, gratuits.

Les proches de Jean-Paul lui apportent de temps à temps à manger, notamment son frère boulanger, qui lui fournit les pains invendus de la journée. Il reçoit aussi des colis alimentaires du CPAS –  » mais il n’y a plus rien, pour l’instant, à la Banque alimentaire « . En fait, son frigo est vide.

Jean-Paul se chauffe le plus possible au bois. Il n’a pas les moyens financiers d’avoir des loisirs.

L.V.R.

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