Chronique

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: pourquoi le procès Depp-Heard a détruit Amber et glorifié Johnny (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be
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Précision préliminaire. Ce qui s’est dit, précisément, au procès Amber Heard-Johnny Depp? Aucune idée. Mais, même sans avoir lu un seul compte rendu d’audience, pas compliqué de saisir l’essentiel. Elle l’accusait de violences conjugales, il niait et se plaignait – «snif, snif, tout ça a ruiné ma carrière». Il l’a poursuivie en justice, ils ont déballé leur ancienne vie de couple tourmentée (un euphémisme) avec tellement de détails alcoolisés, sexuels et toxicomanes que de curieux crétins s’agglutinaient devant les portes du palais de justice avec des pancartes.

Bref. Amber Heard a été condamnée, le 2 juin, à verser quinze millions de dollars à son ex-mari pour diffamation. Johnny Depp, lui, devra s’acquitter de deux millions de dollars de dommages et intérêts. Et les crétins trouveront rapidement d’autres vedettes et potins pour se divertir.

Pas question de remettre en cause la vérité judiciaire. Le cirque médiatique et social qui a entouré ce procès américain, par contre… Car tous les crétins, sur leurs pancartes, c’est du «I love Johnny» qu’ils avaient écrit. Et sur le Web, c’est du «I hate Amber» qu’ils propageaient.

Sur TikTok, le hashtag #justiceforjohnnydepp comptabilise plus de quinze milliards de vues, contre cinquante millions pour la version consacrée à Amber Heard. Des milliers de tweets haineux, de vidéos ridiculisantes, de memes ricaneurs ont alimenté les insatiables réseaux. Plus de 4,5 millions de rageux ont signé une pétition visant à boycotter l’actrice et son film Aquaman 2, prévu en 2023. En en faisant l’une des pétitions les plus signées de l’histoire, paraît-il.

Quelle carrière est brisée, désormais ?

Etonnant que tous ces crétins n’aient pas dépensé la même énergie à soutenir les initiatives visant à discréditer des personnalités effectivement condamnées pour violences envers les femmes (genre Harvey Weinstein) ou à soutenir des initiatives visant à libérer la parole des victimes (genre MeToo).

Johnny Depp poursuivait son ex-épouse parce qu’elle aurait ruiné sa carrière, en rédigeant une tribune dans laquelle elle affirmait avoir été battue. Mais quelle carrière est brisée, désormais? Combien de films tournera encore Amber Heard?

Sans doute autant qu’Alyssa Milano ou Rose McGowan après avoir enclenché le mouvement MeToo… Ah oui mais, c’est vrai: elles, elles étaient déjà has been, les jolies actrices hollywoodiennes ayant une date de péremption, tournant généralement autour de 35 ans. Bon, alors, sur combien d’affiches s’est retrouvée l’actrice française Adèle Haenel depuis le «on se lève et on se casse» des César en 2020? Juste un. La comédienne a récemment annoncé, dans une interview à un magazine allemand, vouloir s’éloigner du cinéma, cette industrie «absolument réactionnaire, raciste et patriarcale».

Roman Polanski, accusé de longue date de différentes agressions, n’a jamais éprouvé de difficultés à réaliser un film. Après avoir été condamné pour le meurtre de Marie Trintignant, Bertrand Cantat est remonté sur scène et a fait la Une de plusieurs magazines culturels. Les statues de Jan Fabre ne seront pas déboulonnées. Et Johnny Depp continuera à faire des films.

Ah, pardon: l’acteur Kevin Spacey, lui, avait été écarté de la série Netflix House of Cards après avoir été inculpé d’agressions sexuelles qui se seraient produites entre 2005 et 2013 (son procès devrait bientôt débuter en Angleterre, l’intéressé s’y présentera, pour les crétins qui voudraient préparer des pancartes). Ses victimes présumées? Trois hommes. On plaisante apparemment moins, en matière de violences faites aux hommes.

@unesacreepaire

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Femmes et cyclistes? Pas trop à Bruxelles

Si l’écart se réduit d’année en année, la plupart des cyclistes à Bruxelles sont des hommes (58% en 2021). Pour Pro Velo, l’asbl qui a publié ce chiffre, c’est principalement dû à la forte circulation routière et au manque d’infrastructures sécurisantes. Pourtant, dans certaines villes où la part d’utilisation du vélo est plus élevée, la proportion des femmes à vélo a tendance à dépasser celles des hommes.

50%

des femmes, à peine, affirment vouloir faire appel à la police en cas d’agression, selon un «diagnostic» commandé par la commune d’Ixelles à la suite de #balancetonbar, publié le 1er juin dernier. Pire encore: seules 36% des répondantes disent avoir confiance dans les forces de l’ordre. Ce rapport, qui tentait d’objectiver la violence subie dans un contexte festif, indique également que 96% des sondées déclarent avoir déjà dû faire face «à au moins une des situations de violence sexiste ou sexuelle citées dans le questionnaire».

Le golf féminin a des trous à boucher

L’Association francophone belge de golf (Afgolf) est la première fédération sportive à s’engager pour plus de femmes dans sa discipline. Cet été, le deuxième Golf Power Day sera organisé: une journée de découverte du golf «pensée par des femmes, pour des femmes». Pendant ce temps, le Ladies European Tour est passé en Belgique en mai. Le gain de cet étape? Deux cent mille euros, à partager entre les trente meilleures joueuses. Une somme ridicule comparée aux prize money des tournois masculins qui s’élèvent à plusieurs dizaines de millions.

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