La renaissance du Lion

Un mémorial souterrain, un spectacle 3D, un mur de la mémoire… Aussi célèbre dans le monde que Bruges, Waterloo s’offre une revalorisation du champ de bataille à la hauteur de sa renommée

Voici quelques jours, le colonel Kadhafi est venu en visite privée à Waterloo, explique Yves Vander Cruysen, président de l’intercommunale Bataille de Waterloo 1815. Beaucoup d’autres célébrités ont fait le déplacement, comme la reine d’Angleterre ou le roi de Suède. Mais l’aménagement actuel n’est pas à la hauteur de la renommée internationale du site ni de sa valeur symbolique dans l’histoire européenne.  »

Qu’il pleuve ou qu’il vente, en semaine ou le week-end, il y a toujours du monde au sommet de la butte. Ils étaient encore entre 250 000 et 300 000 visiteurs l’an dernier. Leur nombre diminue toutefois depuis une vingtaine d’années. En cause : l’ensemble touristique est plutôt artisanal, avec ses bâtisses peu entretenues, traversées par une dangereuse route de transit. Grâce au mémorial, dont l’avant-projet vient d’être dévoilé, le Commissariat général au tourisme et le ministère de la Région wallonne espèrent retrouver 500 000 visiteurs par an, soit l’affluence enregistrée dans les années 1960 et 1970, quand la concurrence en matière d’attraction était moins vive.

Principal objectif du bureau d’architecture bruxellois BEAI : dépouiller le site des constructions sans intérêt patrimonial afin de redonner au champ de bataille et à la butte toute leur perspective. L’actuel centre du visiteur sera donc détruit, tout comme nombre d’appentis et d’annexes d’hôtels locaux.

A l’avenir, une route de contournement dégagera la place du hameau qui deviendra piétonnière. Portant le nom des différents bataillons et régiments présents le 18 juin 1815, un mur de la mémoire accueillera les visiteurs, comme à Arromanches-les-Bains (Calvados), où un musée fait revivre le débarquement de Normandie. Pierre angulaire du projet : l’édification souterraine d’un mémorial, géré par le bureau français Culture Espaces, à côté du panorama et du musée de Cire actuels. Un spectacle 3D devrait plonger le touriste au c£ur de l’ultime bataille de Napoléon, alors que d’autres lieux expliqueront son contexte global, depuis la Révolution française jusqu’à la marche vers l’Europe des Nations ( lire ci-dessous). Cet aménagement permettra-t-il à Waterloo de retrouver son lustre d’antan ?

60 % de visiteurs étrangers

Dès 1815, en plein courant romantique, les visiteurs, sans doute marqués par la violence des combats, ont convergé vers Waterloo. Pour des personnages illustres comme le tsar Alexandre Ier de Russie (1815), le roi George IV de Grande-Bretagne (1821) ou même Victor Hugo (1861), le déplacement relevait du pèlerinage. Mais cette affluence causa des dommages aux cultures et justifia une ordonnance de police û traduite en anglais ! û interdisant la circulation sur le champ de bataille. Elle s’accrut encore, à la fin du xixe siècle, avec le développement du chemin de fer. Les hôtels-restaurants et les maisons de campagne fleurirent. Cela finit par émouvoir la presse internationale, qui mena une campagne pour préserver le champ de bataille. Résultat : depuis 1914, une loi interdit toute nouvelle construction sur le site.

Aujourd’hui, malgré une fréquentation encore en baisse de 12 % en 2003, Waterloo reste le seul site en Wallonie à figurer dans le top touristique belge, au même titre que la Grand-Place de Bruxelles et le centre historique de Bruges. Alors que le sud du pays accueille 70 % de touristes belges et 30 % d’étrangers, la proportion s’inverse au pied de la butte, avec 40 % de Belges et 60 % d’étrangers. Les plus nombreux sont néerlandais, allemands, français et anglais. Mais on y rencontre aussi beaucoup de Chinois, de Japonais…  » Tous les peuples belliqueux, qui ont un intérêt pour la stratégie militaire, étudient la bataille de Waterloo à l’école, raconte Vander Cruysen. Pour les Asiatiques, Waterloo est certainement la date la plus importante de l’histoire européenne.  » Autre preuve de cette renommée ? On compte 124 bourgades ou villes portant le nom de Waterloo dans le monde.

Le bourgmestre en titre du Waterloo historique, Serge Kubla (MR), ne pouvait que donner un coup d’accélérateur, à son arrivée au poste de ministre du Tourisme, à un projet à l’étude depuis la fin des années 1990. Il est parvenu à convaincre le gouvernement wallon de dégager un budget total de 25 à 30 millions d’euros pour un mémorial et un hameau entièrement rénové, qui pourraient accueillir, dès 2008, jusqu’à 4 000 visiteurs par jour de grosse affluence.

Dorothée Klein

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