La pop révolution

Printemps chaud sur les campus britanniques. Des Stones aux Beatles, le rock y a pris sa place. Mais les artistes sont restés des électrons libres.

Londres, le 17 mars 1968 : 30 000 jeunes sont rassemblés devant l’ambassade des Etats-Unis, à Grosvenor Square, pour protester contre la guerre du Vietnam. Parmi les manifestants, l’actrice Vanessa Redgrave, Jimmy Page, le guitariste de Led Zeppelin, et Mick Jagger. Ce jour-là, la Grande-Bretagne vit la plus grande révolte étudiante de son histoire : violentes charges de la police à cheval, voitures brûlées, immeubles saccagésà On relèvera des centaines de blessés.

En cet été 1968, la chanson Street Fighting Man, des Rolling Stones, devient le symbole de la contestation. Jagger y déclame :  » Partout j’entends le son des pieds qui marchent et chargentà Le temps idéal pour aller se battre dans la rue est venuà « . Les activistes de la nouvelle gauche anglaise, à la pointe des revendications sociales, considèrent le groupe comme leur porte-parole. Le tube est interdit de diffusion à la BBC.

En mai 1968, les Beatles, revenus d’un long séjour en Inde, sortent Revolution. Composée par John Lennon dans l’ashram indien du gourou Maharishi, la chanson n’est pas un appel à la révolte, mais, au contraire, un hymne contre la violence :  » Tu dis que tu veux la révolution [à]. Mais quand tu parles de destruction, ne compte pas sur moi [à]. Tu ferais mieux de faire le ménage dans ton esprit.  » Des thèmes trop pacifiques pour les révolutionnaires de 1968, qui reprochent aux quatre de Liverpool leur manque d’engagement. Les militants se déchaînent également contre les Who, qui, malgré leurs textes contestataires, refusent de participer aux manifestations. Lorsqu’on lui demande de descendre dans la rue, Pete Townshend répond :  » Je préfère aller jouer au golf. « 

Ces artistes n’ont pas attendu mai 1968 pour accomplir leur propre révolution. Dès 1963, les Beatles font émerger, au-delà des classes sociales, une identité  » jeune « , en rébellion contre le monde des adultes. En 1966, ils sont les premiers à déclarer, à New York, que la guerre du Vietnam est une  » erreur « . Les autorités britanniques, elles, s’alarment des m£urs que véhicule le Swinging London : la presse underground détaille le mode d’emploi des différentes drogues, tandis que le Times accepte de publier une publicité favorable à la légalisation de la marijuana. Les Beatles font l’apologie du LSD. Des groupes comme Pink Floyd ou Soft Machine prônent l’amour libre, évoquent l’homosexualité.

C’est dans ce contexte que voient le jour l’Indica Gallery, la galerie d’art la plus avant-gardiste et contestataire d’Europe – où John Lennon et Yoko Ono se rencontrent en 1967 – et l’AntiUniversity, qui devient la tribune du gotha underground. On s’y affirme anticulture, antipoésie, antithéâtre. Son manifeste ?  » Il est interdit d’interdire « , slogan qui retentira en France un an plus tard. Mais ces artistes contestataires restent des électrons libres. Ils considèrent que la révolution ne peut pas être importée en Angleterre. D’ailleurs, aucun d’entre eux n’a jamais songé à remettre en question la royauté. En 1970, quand le magazine Rolling Stone demande à John Lennon si son combat a fait changer le Royaume-Uni, il répond :  » Les gens au pouvoir et la bourgeoisie de merde… Tout ça est encore là. « 

Paola Genone

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