La petite sirène au pays du lion

Caroline Dunski Journaliste

A Waterloo, l’importante communauté scandinave dispose de ses écoles, de ses magasins, ses clubs et ses églises. Elle ne s’intègre pas. Tout au plus partage- t-elle terrains de golf et de tennis avec ses concitoyens.

En septembre dernier, sur près de 29 500 habitants, Waterloo comptait un peu plus de 700 résidents scandinaves (370 Suédois, 136 Norvégiens, 135 Danois et 67 Finlandais).  » Si les trois dernières nationalités restent stables, on a constaté le départ de 55 Suédois entre 2011 et 2012 « , note Yves Vander Cruysen, échevin de la Population, qui n’a pas d’explication à cette chute brutale.  » Le nombre de personnes venues des pays scandinaves fluctue au gré des fermetures et restructurations d’entreprises qui les emploient « , explique Ulla Melchior, qui a travaillé pendant trente ans à la Scandinavian School, où elle enseignait l’histoire des religions, la philosophie et la littérature suédoise.

Elle se souvient de l’année où Volvo fermait à Bruxelles et où, d’un coup, l’école a perdu 40 élèves.  » Parfois, de nombreuses personnes sont pensionnées la même année. Elles retournent alors au pays ou partent s’installer en Espagne ou dans le sud de la France. Ce qui attire les Scandinaves à Waterloo, c’est la présence de deux écoles : la St. John’s et la Scandinavian School of Brussels. Tous les enfants scandinaves vont dans une de ces écoles.  »

En ce mois d’avril, la Scandinavian School – 300 étudiants de 2 à 19 ans – se prépare justement à fêter son quarantième anniversaire en grande pompe.  » L’école a démarré dans les années 1970 dans une maison à Kraainem « , raconte l’intarissable Suédoise.  » A l’époque, beaucoup de Scandinaves habitaient cette commune de la périphérie bruxelloise et une dame qui avait mis ses jeunes enfants dans une école belge où ils n’étaient pas heureux a demandé l’aide de l’Etat suédois pour créer une école spécifique. Progressivement, d’abord les Norvégiens, puis les Danois et les Finlandais y ont aussi inscrit leurs enfants. Il y en a très vite eu 90 ! L’école a ensuite déménagé entre Waterloo et Rhode-Saint-Genèse, avant de s’installer au Château d’Argenteuil.  »

Ulla Melchior le reconnaît :  » Les Scandinaves s’intègrent peu. Sans doute parce que la colonie est assez grande. La plupart des gens trouvent le français difficile et se tournent plus volontiers vers la culture anglo-saxonne. Certains restent peu de temps, trois ou quatre ans, mais d’autres sont ici depuis 20 ans et ne connaissent toujours pas le français ! On adore la Belgique, mais on n’en connaît rien.  » Ulla essaye d’y remédier en donnant des conférences.

A Waterloo, les habitants venus du Nord se sentent bien. Ils trouvent même leurs produits préférés dans des magasins spécialisés. Au Gourmet, les spécialités scandinaves côtoient les produits anglais. Le Scan Shop, quant à lui, propose des périodiques et des produits et, chaque jour, tout frais et cuits sur place, des petits pains à la cannelle suédois ou du  » Ryebread  » danois. Amanda, une jeune Suédoise, coiffeuse de formation, y est caissière depuis plusieurs mois. Elle s’est installée avec sa mère dont le mari, militaire, est venu travailler en Belgique, dix-huit mois plus tôt.  » Le suédois, le norvégien et le danois sont des langues presque similaires, mais pas le finnois. Je parle anglais avec les clients.  »

Norvégiens et Danois ont aussi leurs lieux de culte spécifiques. Depuis sept ans, Dag Eidhamar est le prêtre norvégien de Waterloo. Son église partage le toit de l’église épiscopale de Tous les Saints (All Saint’s Church).  » La communauté norvégienne ne vient pas à la messe tous les dimanches. Les gens viennent pour les occasions spéciales, à Noël, pour leur Fête nationale… Mais l’église est importante, parce qu’elle prend soin de la communauté. Elle est aussi en relation étroite avec l’ambassade de Norvège. La présence des deux églises scandinaves s’explique par le grand nombre de familles. « 

CAROLINE DUNSKI

Les Scandinaves sont plutôt attirés par la culture anglo-saxonne

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