La peinture est un débat

Plus la peinture figurative me captive, plus mon intérêt faiblit pour la photo ou l’image électronique. Comment expliquer ce rejet ?

Armande Romani, VersaillesDans la lettre qui accompagne votre question, vous insistez sur l’opposition entre peinture figurative et photographie et image électronique même s’il s’agit toujours d’une représentation de la réalité, si tordue soit-elle.

Je pense que la différence peut se résumer en deux verbes : débattre et être informé. La peinture est un débat, l’autre imagerie a vocation d’informer et d’informer seulement, comme une forme de la matière brute.

La peinture, depuis les origines (les grottes de Lascaux) et à travers toutes les cultures, a été figurative, c’est-à-dire qu’elle représentait quelque chose ayant sens. On parlera donc de débat puisque que l’artiste et ceux qui verront son travail partiront d’un sujet. Le peintre, lui, ouvre la discussion en dévoilant son £uvre à travers le  » faire-apparaître  » du sens de celle-ci. Son public, dans le temps et l’espace, lui répond en acquiesçant ou en modifiant le sens affiché du tableau. Le plaisir naît de cette complicité maîtrisée. Car, quelle que soit la distance qui s’installe entre le faiseur et le spectateur, ce dernier refait pour lui le sujet du tableau avec sa mémoire, son éducation artistique, sa propre idéologie. Bref, il y a un débat dans la mesure où l’artisan et ceux qui détaillent son travail ont un sujet commun et, chacun pour soi, une provision (une profusion ?) d’amendements.

Pour sa part, l’imagerie, née de la technique, informe sur la réalité. Que celle-ci soit en stase (la photo) ou dans une dynamique de plus en plus virtualisée, qui se démultiplie dans le feu de l’imaginaire, cela importe peu. Son travail ne réside pas tant dans le sens de ce qu’elle représente que dans l’information qu’elle déploie. Le mot d’information doit être pris dans le double sens d’un savoir communiqué et d’une empreinte laissée comme une suite de pas sur la plage, les deux intimement mêlés. Et cela à travers le fort sentiment que c’est  » comme cela « , puisque nous en avons l’image, le mouvement, le rêve… la vie.

Dans ces conditions, au débat se substitue une fascination qui le rend sans objet puisque ce qui est donné à voir nous conforme à sa représentation û telle qu’elle est, dans son devenir ou sa sur-réalité fictionnelle. Nous sommes comme asservis… de notre propre gré. Certes, il ne s’agit pas de rejeter un outil extraordinaire, mais de lui confier l’information, au sens strict du terme (des faits, pas plus), et le divertissement. En d’autres termes, laisser au seul débat le soin d’alimenter notre humanité. Jean Nousse

Daniel Servaty, Uccle

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