La Nuit musicale déménage à Seneffe

Barbara Witkowska Journaliste

L’événement musical le plus populaire de l’été change d’endroit mais poursuit la formule qui a fait son succès : lieu unique, 80 concerts et plus de 350 musiciens.

Beloeil est  » mort « , vive Seneffe ! Après vingt-quatre ans d’immense succès, l’attachante manifestation change de château. En cause ? Une histoire de sous. En 2011, le prince de Ligne a souhaité renégocier le contrat et augmenter le montant de la location de son château, en passant de 40 000 à 60 000 euros. Cédric Monnoye, directeur général d’Idée Fixe et organisateur de l’événement depuis neuf ans, ne mâche pas ses mots :  » Je ne peux pas aller au-delà de 40 000 euros, sans en faire pâtir la qualité de la programmation et de l’accueil. Si l’on ne peut pas fêter les 10 ans à Beloeil, on ira les fêter ailleurs.  » Chose dite, chose faite. Bonne nouvelle, les partenaires logistiques suivent. Pour trouver cet  » ailleurs « , les organisateurs sélectionnent dix endroits prestigieux, fleurons du patrimoine wallon qui répondent au statut d’Idée Fixe d’allier des spectacles de qualité et la valorisation du patrimoine. Le premier sur la liste ? Le château de Seneffe, une  » perle  » architecturale. L’écrin, entouré d’un parc immense et superbe, s’avère d’emblée l’endroit idéal. Les atouts ne manquent pas : la proximité avec la périphérie bruxelloise, les facilités de parking et des lieux scéniques riches et diversifiés. Une cour d’honneur grandiose, un petit théâtre, une orangerie, un jardin baroque, un jardin à la française, un jardin à l’anglaise, des plans d’eau, des cascades, une volière… Autant de plateaux originaux et intimistes qui incitent à trouver d’autres formes de créativité. Dernier avantage ? Le domaine de Seneffe appartient à la Communauté française et le prix de location s’élève à 8 000 euros,  » un prix correct « . Résultat ? Une  » économie  » de 32 000 euros, investis aussitôt dans la qualité de l’accueil et dans la programmation artistique.  » Au bout du compte, Seneffe nous apporte plus de facilités que d’inconvénients, souligne Cédric Monnoye. Le changement de lieu nous oblige, aussi, à nous remettre en question. La richesse et l’éclectisme du domaine inspire une vraie liberté artistique. De surcroît, la Nuit musicale doit s’intégrer parmi les installations d’artistes car le château accueille, pendant tout l’été, une exposition en plein air dédiée aux cabanes. Cette contrainte a été transformée en avantage. Deux cabanes serviront de cadre aux concerts et offriront un spectacle supplémentaire. Le soir, l’illumination du parc permettra, une seule fois, d’apprécier les £uvres autrement. « 

La programmation conjuguera les répertoires français, italien et germanique, avec de belles incursions dans le domaine vocal. Le château de Seneffe abrite le musée de l’Orfèvrerie de la Communauté française et celui-ci a inspiré tout naturellement le thème de l’édition 2011 qui se déroulera le 6 août : Ors et trésors de la musique classique, une sorte de best of des plus beaux trésors de Beethoven, Mozart, Brahms, Bach, Vivaldi, Charpentier et Gounod. A ces valeurs sûres s’ajoutent des concerts plus originaux.  » Je sais que mon programme est parfois sujet à critiques, poursuit Cédric Monnoye. Fort d’une expérience de seize ans, je l’assume parfaitement. Nous souhaitons nous ouvrir au public le plus large possible, le mettre en appétit, l’inciter à aller plus loin dans la découverte de la musique classique et lui donner l’assurance de passer une bonne soirée, dans un cadre enchanteur sublimé par la musique « . La  » famille  » de la Nuit musicale s’agrandit sans cesse et quelque 350 artistes, dont une grande majorité issus de la Communauté française, se joignent aux réjouissances de l’édition 2011. Chaque spectacle sera présenté à quatre reprises. Et la Nuit musicale de Seneffe fera intervenir des centaines de figurants en costume d’époque, évoluant parmi des milliers de flambeaux. Un feu d’artifice de seize minutes clôturera les festivités à 23 h 30.

Que dit l’affiche ?

Deux orchestres régneront sur la cour d’honneur. L’orchestre symphonique des Jeunes de Bruxelles, dirigé d’un geste acéré par la jeune chef Béatrice Warcollier, enflammera l’ambiance avec les grandes ouvertures de l’opéra (Rossini, Mozart et Verdi). Le chef Pascal Peiffer, un habitué de la Nuit musicale, et son Euro Symphonic Orchestra défendront Les Danses hongroises de Brahms. Plus loin, en se déplaçant au c£ur des jardins, les spectateurs découvriront sur les terrasses plusieurs scènes et y assisteront à des concerts et à des récitals en parfaite symbiose avec la poésie de la nature environnante. L’Orchestre de chambre de Waterloo y interprétera Water Music ( Musique sur l’eau) d’Haendel, ce bijou baroque qui devrait faire des ravages. Albane Carrère, mezzo-soprano française mais belge de c£ur, reprendra des airs des opéras de Mozart, soutenue par l’orchestre de chambre Aria. Sur la troisième terrasse, l’artiste Pierre Courtois a installé sa cabane, un cube rouge éclaté en quatre coins. Les concertos et sonates pour piano auront beaucoup à gagner dans ce cadre insolite et poétique qui accueillera David Blumenthal s’attaquant à Beethoven et Eliane Reyes rendant hommage à Liszt. Les amateurs de mises en scène spectaculaires et de la musique baroque se rendront au théâtre pour écouter le contre-ténor Dominique Corbiau et la soprano Sabine Conzen dans des extraits du Triomphe de l’amour (ballet royal pour Louis XIV), ainsi que l’excellent ensemble hennuyer Viva Fiamma qui abordera la musique au temps des conquistadors. Sur l’île romantique, le violoncelliste Alexander Debrus interprétera les Suites pour violoncelle de Bach et le quatuor Amôn excellera dans Rosamunde, de Schubert. Le cadre enchanteur de la volière se prêtera admirablement à une adaptation libre pour quatre chanteurs de La Flûte enchantée, l’un des plus lumineux opéras de Mozart, ou encore à des £uvres de Luigi Boccherini, interprétées par l’ensemble Mendelssohn. A cette diversité des valeurs sûres il convient encore d’ajouter deux sonorités originales, sortant des sentiers battus. L’ensemble Les Mésopotamiens, groupe de chanteurs et musiciens du Centre culturel arabe, donnera  » sa  » version, parfumée aux saveurs de l’Orient, de l’oratorio La Création, de Haydn, tandis que le Cercle royal des mandolinistes de Malmedy (14 musiciens) proposera un programme inattendu : Viva Vivaldi. Chefs-d’£uvre et musiciens d’avenir : la fête promet à Seneffe !

La Nuit musicale au domaine du château de Seneffe, le samedi 6 août de 18 à 24 heures. Réservations : 070 22 20 07 et www.070.be

BARBARA WITKOWSKA

 » Le changement de lieu nous oblige, aussi, à nous remettre en question « 

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