La non-violence : un devoir ?

 » Heureux les pacifiques, le royaume des cieux leur appartient « , dit le Christ. Que faut-il en penser ?

Christiane Drollet, BruxellesCette très belle phrase, prenons-la pour ce qu’elle est : une philosophie de la non-violence qui s’applique aux individus en tant que tels. Deux passages des Evangiles confortent cette vision irénique.  » Tendre l’autre joue « , recommande Jésus et, plus concrètement encore, sa mise en garde contre celui qui tire l’épée :  » Il périra par l’épée. «  Par contre, le Messie affirme que, pour le suivre, il faut quitter père et mère, que si l’£il ou la main sont occasion de pécher, il faut s’en séparer brutalement. Il dit aussi qu’il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. Et, en chassant les marchands du Temple, ne donne-t-il pas un exemple de violence ? Comment comprendre ces contradictions ?

Tant que j’use de violence dans mon intérêt terrestre, elle doit être bannie absolument. Parce que mes biens et ma vie terrestre m’ont été donnés, je ne peux en aucune façon les défendre par la violence, faisant tort à autrui pour mon seul bénéfice. Les autres sont aussi enfants de Dieu.

Par contre, chacun a un double devoir qui implique violence contre soi : assurer son salut, bien suprême qui ne lui appartient pas. Semblablement, la bonne marche d’une société – voulue par Dieu – implique l’usage de la violence parce que les desseins particuliers ne peuvent menacer ce qui correspond au plan divin. C’est pourquoi la justice a capacité de sévir. Pour la bonne marche de l’Etat ou sa protection, le pouvoir (César) est en droit d’user de violence. Parfois, il est difficile de trancher dans un conflit qui met aux prises des collectivités, la terre ne formant (pas encore) une seule nation. Comment trancher puisque la justice n’est pas de ce monde. Dans le doute, faut-il obéir ou refuser ?

S’il fallait laïciser cette théorie sur le bon et le mauvais usage de la violence, on dira qu’au sein de la société les individus pratiqueront la non-violence jusqu’à la folie… par devoir. Cette position correspond à l’adage que  » nul ne peut se rendre justice « . Comment alors réagir à la violence organisée des sociétés ? Si on me dit de prendre les armes, dois-je l’accepter au nom du principe de  » rendre à César ce qui est à César  » ou refuser de  » tirer l’épée  » ? Ici aussi se posera le problème de mon salut. Ce n’est plus la recherche d’un lieu dans l’au-delà, mais de ce salut civique par quoi l’être humain sort de l’animalité de la vie pour soi. Certes, il est plus facile en la cause d’en faire la théorie que d’en tracer une pratique consistante. C’est le problème d’un monde sans Eglise, fût-elle laïque.

Jean Nousse

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