La menace des taux

Le relèvement probable des taux américains pousse très légèrement la rémunération de l’épargne à la hausse. Les Bourses, elles, commencent à s’interroger

Après trois années de taux d’intérêt à des niveaux plancher, la tendance vers un resserrement monétaire aux Etats-Unis semble aujourd’hui se confirmer. Un mouvement largement anticipé par les marchés en ce qui concerne le taux à long terme : celui-ci a connu une forte hausse en avril, passant de 3,68 % à 4,39 % en un mois.

Nombre d’observateurs accusent la banque centrale américaine (Fed) d’avoir trop tardé. En effet, c’est au troisième trimestre 2003 que l’économie a véritablement repris. Or des taux aussi bas au sein d’une économie en forme risquent de provoquer des bulles en série : consommateurs et entreprises sont tentés d’emprunter du capital à bon prix pour l’investir sur les marchés boursiers, obligataires ou immobiliers, poussant les prix à la hausse. En tardant, la Fed a pris donc le risque d’être à l’origine de nouvelles bulles dans l’économie…

Elle devra néanmoins faire preuve de prudence en remontant ses taux. Les marchés obligataires pourraient souffrir d’une progression trop rapide qui ne laisserait pas aux acteurs le temps de se désengager dans le calme. Une trop forte hausse des charges de la dette mettrait aussi à mal les finances de nombreux ménages fortement endettés et jetterait un froid sur l’investissement des entreprises.

Enfin, des taux redevenus intéressants aux Etats-Unis attireraient sur place des flux de capitaux importants, ce qui pourrait avoir une double mauvaise conséquence. Primo, les capitaux risquent de déserter les marchés émergents, ce qui pourrait déstabiliser les plus fragiles d’entre eux. Secundo, on assisterait à une nouvelle appréciation du dollar qui, en avril, a déjà gagné plus de 2 % face à l’euro. La poursuite de cette tendance rendrait moins chers les produits importés par les Etats-Unis et mettrait à mal la balance commerciale du pays.

Pour tous ceux que la hausse des taux inquiète, la bonne nouvelle est l’inflation, toujours sous contrôle, ce qui laisse à la Fed la marge de man£uvre nécessaire pour agir tout en limitant les dégâts.

En Europe, la relance faiblarde et le manque d’enthousiasme des consommateurs au moment de passer à l’achat devraient pousser nos autorités à laisser les taux au niveau actuel pour quelques trimestres encore.

Pour un placement à court ou moyen terme (maximum 3 ans), privilégiez les comptes d’épargne. Instruments fort liquides, ils offrent un avantage fiscal réel puisque les 1 520 premiers euros d’intérêts sont exonérés de précompte mobilier. Les taux à court terme étant faibles, il n’est pas étonnant de constater que les taux offerts le sont tout autant. Dans les grandes banques du pays, le taux de base s’élève à 1,50 %, agrémenté le cas échéant d’une prime d’accroissement ou de fidélité de 0,50 %. D’autres banques, plus petites, octroient de bien meilleures conditions.

A long terme. Les taux obligataires sont repartis à la hausse en avril. Le rendement de l’emprunt d’Etat belge à 10 ans valait ainsi fin avril 4,30 %, contre 4,10 % en début de mois. Les banques ont répercuté en fin de mois cette hausse sur les conditions des bons de caisse. Un produit qui ne s’adresse, compte tenu de la faiblesse actuelle des taux, qu’aux investisseurs recherchant un placement offrant anonymat et sécurité du capital. Mieux vaut sortir des sentiers battus et privilégier les plus petites banques. Ces dernières offrent généralement des conditions supérieures à celles des grandes banques. Les bons d’assurance offrent souvent un peu plus, mais ils sont nominatifs. Les intérêts ne sont par ailleurs payés qu’à l’échéance et la mise minimale est plus élevée que pour les bons de caisse. Les intérêts des bons d’assurance inférieurs à 8 ans sont soumis au précompte mobilier. Il est toutefois possible d’y échapper en souscrivant une assurance-décès complémentaire, dont le coût varie en fonction de l’âge et du sexe de l’assuré. Si vous êtes plus jeune, votre rendement sera supérieur, si vous êtes plus âgé, il sera inférieur (le coût de l’assurance décès croît avec l’âge). Précisons que les bons d’assurance dont la durée est supérieure à 8 ans ne sont plus soumis au précompte mobilier.

Les marchés boursiers ont évolué à deux vitesses de part et d’autre de l’Atlantique. L’Europe a encore engrangé une légère progression, alors que les actions américaines souffraient de la menace de hausse des taux.

La dégradation de la situation en Irak a également pesé sur le climat boursier. Couplée à la crainte d’un relèvement du coût de l’argent, elle a occulté les bons résultats trimestriels publiés par les sociétés américaines (Texas Instruments, Intel, IBM, Pfizer, GM, Eli Lilly…).

Si l’on observe les variations sur un an, les petites places financières ont en général donné de meilleurs résultats que les grandes. Euronext Bruxelles signe ainsi une performance sur 12 mois de 36,5 %. Les incertitudes monétaires et géopolitiques de ces derniers mois ont en effet poussé les investisseurs vers les valeurs plus défensives qui constituent l’essentiel de notre cote. Au total, la plupart des Bourses occidentales peuvent aujourd’hui être considérées comme correctement évaluées.

A noter le recul des marchés émergents le mois dernier. Ces marchés devraient en effet pâtir du mouvement de hausse des taux qui rend le financement tant de l’Etat que des entreprises plus coûteux. A notre avis, il est temps de prendre son bénéfice sur l’Europe de l’Est (+ 46 % en un an). La belle progression en termes annuels du Japon peut être attribuée à une meilleure conjoncture, mais le potentiel de l’économie nipponne reste trop réduit pour investir dans cette Bourse.

Le regain de vigueur des actions dites défensives et cycliques (sensibles à l’économie) d’industries matures ressort clairement des performances sectorielles de ces derniers mois. Ainsi les valeurs alimentaires, les services d’utilité publique, l’automobile, le pétrole et même la pharmacie ont connu une pente ascendante depuis le début de l’année. Les tensions sur les prix pétroliers laissent augurer encore de beaux jours pour les sociétés actives en exploration et production.

Les technologiques, bien qu’ayant de manière générale publié d’excellents résultats trimestriels (du moins pour les américaines), ont souffert à la fois de commentaires prospectifs très prudents des sociétés, et de la perspective d’un durcissement du coût de l’argent. Souvent lourdement endettées, elles risquent en effet d’être pénalisées par une hausse sensible des charges financières et/ou un ralentissement de leurs investissements. Autant savoir… l Budget Hebdo

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