La Flandre, riche à en mourir

De l’argent et des compétences à profusion, mais pas de projet d’avenir très consistant : la Région flamande est à la croisée des chemins

A quel type d’interpellations est-on confronté quand on est ministre régional flamand de l’Emploi, comme c’est le cas du socialiste Renaat Landuyt ? Aux distorsions économiques avec la Wallonie, qui coûte cher en termes d’allocations de chômage, et à ces sans-emploi récalcitrants que le sud du pays refuse de contrôler, pardi ! A l’aube du xxie siècle, la Flandre semble victime du syndrome des régions riches, assoiffées d’autonomie.  » Son gouvernement n’a pas de grand projet de société à long terme. Les solutions qu’il préconise sont donc avant tout institutionnelles et fiscales « , commente Serge Govaert, administrateur du Crisp (Centre de recherche et d’information sociopolitiques).

Sans surprise, les succès des libéraux du VLD et des socialistes du SP.A, toujours soutenus par Groen ! (les Verts flamands), sont localisés sur ces terrains-là. La diminution de la dette et la baisse des impôts û suppression totale de la redevance de radiotélévision, diminution importante des droits de succession û toucheront les Flamands… au portefeuille. La restructuration de l’administration et une mini-réforme électorale qui pourrait aboutir à l’élection directe des bourgmestres répondent à un besoin de bien faire fonctionner les institutions. Très logiquement, la Région flamande s’est montrée très prompte à mettre en £uvre les (petits) acquis de la dernière réforme de l’Etat, dont l’autonomie fiscale accrue. Elle est ainsi la seule à avoir concrétisé la régionalisation du financement des lieux de cultes. Offrant au passage une vraie reconnaissance aux mosquées, par exemple. La preuve que le Nord n’est pas tout entier paralysé par la montée du Vlaams Blok…

Les échecs du gouvernement arc-en-ciel flamand sont cependant inquiétants. En termes de mobilité, d’environnement ou, surtout, d’enseignement et de logement, les partis au pouvoir n’ont pas répondu aux vraies préoccupations des gens, pourtant très valorisées dans les effets d’annonce politiques… d’avant élections. La manne financière promise pour les cinq années à venir û 3,7 milliards d’euros selon le Serv, ce comité qui assiste les partenaires sociaux flamands û devrait permettre d’articuler des politiques efficaces. A condition que l’exécutif piloté par le libéral Bart Somers, plutôt respecté, sorte de sa léthargie. C’est que l’équipe gouvernementale a été modifiée à dix reprises… ce qui ne favorise ni la cohésion, ni la cohérence. Les nombreux départs de ministres vers l’échelon fédéral constituent en tout cas une bizarrerie de la législature écoulée : très soucieuse de transférer des compétences vers le niveau régional, la Flandre politique est incapable d’y confier les leviers du pouvoir à des personnalités de poids.

L’arrivée au pouvoir des chrétiens du CD&V y changerait-il quelque chose ? Donné gagnant dans tous les sondages, l’ex-CVP se montrerait certainement plus vindicatif encore sur le terrain communautaire, tandis qu’une alliance avec les libéraux pourrait favoriser une réforme fiscale d’une ampleur inégalée. Illustration d’une certaine suffisance, le président Yves Leterme, un possible chef de gouvernement, a déjà jeté son dévolu sur les départements que son parti aimerait gérer. Tout comme le Blok d’extrême droite. Dont le score sera l’un des principaux enjeux du 13 juin.

Ph.E.

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