La Flandre fait bandes à part

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

Chaque jour, des milliers d’automobilistes sont bloqués sur le ring, au nord de Bruxelles. Pour résoudre le problème, le gouvernement flamand envisage de l’élargir à certains endroits. Pas si simple…

Ce n’est pas un élargissement du ring, c’est une optimalisation !  » Au cabinet de la ministre flamande de la Mobilité et des Travaux publics Hilde Crevits (CD&V), on ne plaisante pas avec les subtilités du langage. Mais, nuances ou pas, le ring Nord de Bruxelles, situé en grande partie en territoire flamand, pourrait à l’avenir compter jusqu’à 17 bandes de circulation à certains endroits, soit bien davantage qu’aujourd’hui.

Le problème est connu de longue date : au nord de la capitale, entre les accès aux autoroutes E40 (vers Liège), E19 (vers Anvers), A12 (vers Anvers également) et E40 (vers Gand), la chaussée est régulièrement embouteillée. Cela, nul ne le conteste, même au sein des associations de défense de l’environnement.  » De très nombreux poids lourds y passent, en plus des navetteurs flamands qui viennent travailler à Bruxelles et des Bruxellois qui l’utilisent pour éviter le centre-ville « , confirme Claire Scohier, d’Inter-Environnement Bruxelles. Cette saturation est telle, estiment les responsables politiques flamands, qu’elle compromet, entre autres, le développement économique de la zone concentrée autour de l’aéroport de Zaventem. Or ceux-ci ont, pour ce n£ud d’infrastructures, de grandes ambitions, rassemblées dans un plan stratégique de développement baptisé Start : l’objectif affiché est de doubler la capacité de l’aéroport d’ici à 2025, en termes de passagers comme de fret.

Un chantier de 1 milliard d’euros

La Région flamande a donc décidé de prendre l’automobile par les cornes et de fluidifier le trafic. En juillet 2008, le gouvernement flamand lance une enquête publique, malgré (ou en raison de ?) la torpeur estivale. Le fil conducteur de son projet : augmenter la fluidité de la circulation sur le ring en séparant le trafic local, c’est-à-dire les automobilistes qui montent brièvement sur le ring pour éviter de traverser Bruxelles ou pour circuler entre communes de la périphérie et qui le quittent quelques sorties plus loin, du trafic de transit, constitué des véhicules qui n’empruntent le ring que pour aller d’une autoroute à l’autre.

 » Cela nécessitera l’ajout de bandes de circulation pour les véhicules qui doivent quitter rapidement le ring afin de rejoindre des destinations locales, explique Cybelle-Royce Buyck, porte-parole du cabinet flamand de la Mobilité. Regrouper tous ces navetteurs à droite de la chaussée les empêchera de changer fréquemment de bande de circulation. Ces man£uvres ralentissent la circulation mais sont en outre cause de nombreux accidents. « 

Le projet, qui n’a pas encore fait l’objet d’une décision politique, ni d’une esquisse de budget – on parle toutefois d’un chantier d’au moins 1 milliard d’euros -, est toujours en phase d’étude. Les travaux pourraient commencer au plus tôt en 2013. Le premier tronçon pris en considération concernerait directement la zone de Zaventem, entre la E40 et la E19, à la fois pour favoriser au plus vite l’accès à l’aéroport et parce que c’est le seul tronçon situé exclusivement en Région flamande. On devine que les procédures de concertation à mettre en place avec la Région bruxelloise seront chronophages…

Parmi les organisations de défense de l’environnement et adeptes d’une mobilité douce, regroupées au sein de la plate-forme Modal Shift, le projet a suscité un tollé : pour elles, cet  » élargissement du ring  » favorisera la pollution au CO2.  » Ce chantier s’inscrit en totale opposition avec les engagements que la Belgique a pris vis-à-vis de la communauté internationale de réduire ses émissions de gaz à effet de serre « , explique-t-on chez Modal Shift. La plate-forme déplore aussi l’absence de toute alternative dans le projet initial du gouvernement flamand.

De nombreuses communes concernées par les retombées d’un tel projet sont également montées au créneau, redoutant l’effet qu’il aura sur les habitants en termes de santé et de qualité de vie.  » Quelque 50 % des particules fines que l’on trouve dans l’air à Bruxelles proviennent de la circulation sur le ring, rappelle Bruno De Lille, secrétaire d’Etat bruxellois à la Mobilité (Groen !). Officiellement, la Région de Bruxelles-Capitale n’a pas grand-chose à dire sur ce projet, puisqu’il ne s’implanterait pratiquement pas sur son territoire. Mais il est élémentaire que l’on nous consulte puisqu’il aura un sérieux impact sur la mobilité dans la capitale et sur la qualité de vie des Bruxellois. Et, si nécessaire, nous trouverons le moyen de nous faire entendre. « 

Les pro et les anti

Sur ce dossier, les pro et les anti s’affrontent, à coups d’arguments totalement contradictoires. Ainsi, pour l’économiste Geert Noels, les impacts de l’élargissement sur la congestion automobile, l’environnement et la santé effaceront rapidement les avantages de la formule, qui offre trop peu de valeur ajoutée tout en demandant des investissements énormes. Dans le même camp, Hugues Duchâteau, administrateur délégué du bureau d’études Stratec, assure que ce ring modifié provoquera un effet d’appel auprès d’autres usagers de la route, de telle sorte qu’il sera à nouveau congestionné d’ici cinq à dix ans.

En revanche, le ring nouvelle formule séduit le secteur économique flamand et notamment les employeurs réunis au sein des fédérations patronales bruxelloise (BECI) et flamande (Voka). Les associations de défense des automobilistes, comme Touring ou l’ASBL Droit de rouler et de parquer, applaudissent également. Au sein du gouvernement flamand, d’aucuns assurent qu’une plus grande fluidité du trafic sur le ring améliorera la qualité de l’air…

Mais pour l’heure, rien n’est fait.  » Il reste de nombreuses procédures à suivre « , avance Cybelle-Royce Buyck. C’est bien ce qui inquiète les bourgmestres de sept communes de la zone de Zaventem, qui craignent de voir le dossier gelé, notamment pour des raisons budgétaires.

 » Ce ring nouvelle formule n’est pas une bonne solution « , martèle Claire Scohier. Pour les associations de défense de l’environnement, résoudre le problème de la saturation du ring de Bruxelles ne pourra se faire qu’en combinant diverses mesures : introduire un péage urbain au kilomètre, ce qui diminuerait la pression automobile de quelque 20 % à Bruxelles et permettrait, grâce aux recettes, d’améliorer l’offre en transports publics, développer la collaboration entre les différents types et sociétés de transport, notamment la STIB et De Lijn, réserver une bande de circulation sur le ring pour le covoiturage, améliorer la gestion de la circulation grâce à des panneaux d’information informatisés, accélérer le développement du RER, limiter la vitesse sur le ring à 100 km/h, brider le phénomène de la multiplication des voitures de société – 37 % des voitures qui empruntent le ring le matin en sont, etc.

En attendant qu’une décision définitive soit prise par le gouvernement flamand, une bonne partie des 220 000 navetteurs qui gagnent chaque jour la capitale en voiture mangent leur volant en entendant à la radio que le ring est bouché…

Laurence van Ruymbeke

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