La faute à Voltaire ?

Tout le monde s’entend sur l’introduction d’un cours de philo à l’école. Mais pas sur les moyens à lui consacrer. Une nouvelle proposition de décret et un colloque serviront-ils de maïeutique ?

(1) Rens. : 02 506 39 38.

Première question : apprendre à philosopher, dès 5 ans, est-ce possible ? C’est en tout cas le thème d’un colloque organisé le 14 février prochain au parlement de la Communauté française (1). Il rassemblera des spécialistes internationaux qui expérimentent, avec de très jeunes enfants, des ateliers de réflexion sur des questions essentielles, selon la démarche de l’Américain Matthew Lipman.

Deuxième point : a-t-on les moyens d’ajouter une heure de philosophie et d’histoire culturelle des religions au programme des 5e et 6e années secondaires, comme le voudraient les parlementaires MR Richard Miller et Jean-Paul Wahl, qui ont déposé une proposition de décret à ce sujet, voici quelques semaines ? Une double initiative, à quelques mois des élections régionales et communautaires, comme pour faire du forcing.

 » On n’a jamais été si près d’aboutir, plaide Jean-Paul Wahl. Jamais un parlement n’a autant étudié la question. Dès décembre 2000, il a produit un rapport fouillé à la base d’un débat très suivi.  » Le ministre de l’Enseignement secondaire, Pierre Hazette, également MR, a même chiffré le budget (12,5 millions d’euros) qu’il serait prêt à dégager. Wahl insiste encore sur l’utilité d’élargir le bagage intellectuel des élèves, de mieux comprendre l’autre et ses traditions religieuses.

A l’heure où resurgit la question du foulard à l’école, qui le contredira ? La Belgique francophone n’est-elle pas l’une des rares régions d’Europe à ne pas aborder la philosophie dans son enseignement obligatoire ? Dès 2000, le ministre-président de la Communauté française, Hervé Hasquin (MR), a donc proposé, lors d’une émission télévisée, de remplacer, dans  » ses  » athénées (ex-écoles de l’Etat), les heures de morale ou de religion, en 5e et 6e secondaires, par un cours de philosophie et d’histoire des religions. Une opération blanche, financièrement.

Au parlement, un consensus s’est rapidement dégagé pour considérer que les élèves de toutes les écoles tireraient profit d’un tel enseignement. Inutile d’accroître les différences entre les réseaux ! Mais la disparition des cours de morale et de religion a provoqué la polémique. Les titulaires de ces cours ont présenté, en juin 2001, une pétition rercueillant 151 500 signatures en faveur de leur maintien.

Un attachement populaire à ne pas prendre à la légère dès lors que la Constitution garantit, aux parents, le  » libre choix  » et impose, aux écoles officielles, de le respecter en organisant ce type de cours. Mais tous les élèves sont-ils contraints de les fréquenter ? La philo pourrait-elle être une énième option à côté de la morale et des différentes religions, par exemple ? Commandée par le parlement, une étude juridique n’a pas vraiment permis de trancher la question.

En attendant, Jean-Marc Nollet (Ecolo), ministre de l’Enseignement fondamental, s’est employé à favoriser, sur une base volontaire, le développement d’ateliers de philosophie, en organisant des formations continues pour les instituteurs et en mettant à leur disposition un matériel pédagogique. Le colloque du 14 février s’inscrit dans cette démarche qui n’assure cependant pas un enseignement de niveau égal à tous les élèves.

Autre élément neuf : entre-temps, l’école a obtenu un refinancement qui fait actuellement l’objet de toutes les convoitises. Le surcoût d’une heure supplémentaire de philo paraît dès lors supportable. Mais Régis Dohogne, porte-parole de la CSC-Enseignement, a tiré à boulets rouges sur la proposition du MR, qu’il n’estime pas prioritaire. Le ministre de la Fonction publique, Christian Dupont (PS), avec qui il négocie actuellement une revalorisation des salaires des profs, jugée nécessaire pour leur moral et la qualité de l’enseignement, ne l’a pas contredit.  » Enfin, Wahl et Miller font l’impasse sur un débat des années 1990, quand on a plafonné l’horaire des élèves, considéré comme trop lourd, rappelle Bernadette Wynants (Ecolo). On ne pourra pas faire l’économie d’une discussion globale sur les enjeux et les priorités de l’école.  » Bref, la philosophie serait une question de choix que les libéraux semblent vouloir mettre sur la table des négociations du prochain gouvernement, si leur proposition de décret n’aboutit pas d’ici là. Ce ne serait pas le premier échec. En 1992, le travail d’une Commission sur la philo, créée à l’initiative d’Yvan Ylieff (PS), alors ministre de l’Enseignement, était déjà resté lettre morte. Et tant pis pour les élèves. La faute à Rousseau ?

Dorothée Klein

Les professeurs de religion et de morale avaient récolté 150 000 signatures

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