» La désillusion « 

Le maire de Lyon lance un sérieux avertissement à ses camarades socialistes. Et aussi au chef de l’Etat.

Le Vif/L’Express : Après le désastre des européennes, le quinquennat de François Hollande n’est-il pas déjà condamné ?

Gérard Collomb : Il convient que désormais le cap suivi soit clair, qu’il soit lisible pour les Français. Il est vrai que François Hollande partait de loin. Entre un programme socialiste sous-estimant complètement la gravité de la crise et la réalité qu’il a dû affronter, il y avait un abîme. Comment s’étonner de la désillusion des Français ?

Qu’est-ce que le hollandisme ?

Un réformisme qui vivait jusqu’à présent caché pour ne pas déplaire à un certain nombre de membre du PS. Aujourd’hui, il est obligé de se révéler, comme on le dit d’une photo : l’image va se préciser.

Pourquoi le management politique au niveau national semble-t-il si peu adapté aux exigences d’aujourd’hui ?

La vie politique nationale est renfermée sur elle-même. A la tête des partis, à droite comme à gauche, se trouvent des permanents qui passent leur temps à vivre ensemble, mais sont coupés des réalités.

Jean-Marc Ayrault fut maire d’une grande ville avant de diriger le gouvernement. Il semblerait qu’avoir été un bon maire ne garantisse pas d’être un grand Premier ministre…

Etait-il si libre que cela ? A-t-on vraiment appliqué la politique qu’il voulait ? Nous étions tous prisonniers du projet. Je l’avais dit d’emblée à François Hollande :  » Tu sais, avec ce programme, on va se lier les mains, il est totalement décalé par rapport à la crise économique profonde que nous connaissons.  » Mais, au bureau national du PS, tout le monde a voté ce texte, avec deux abstentions : la mienne… et celle de Manuel Valls.

Vous pensez donc que Manuel Valls peut redonner espoir à la majorité ?

Oui. Il est d’ailleurs dans l’examen critique des deux dernières années.

Comment faire en sorte que les trois prochaines années soient des années utiles, alors que les européennes ont montré la faiblesse du socle électoral du PS et que le pouvoir est confronté à un gros déficit en termes de popularité ?

Manuel Valls a su trouver à la fois la politique et le ton justes : il prend en compte la perte de compétitivité de nos entreprises comme la baisse du pouvoir d’achat ; il cherche l’équilibre entre des mesures qui permettent à nos entreprises de reconstituer des marges et des réponses concrètes destinées aux Français les plus en difficulté. Maintenant, nous avons besoin de durée. Il faut persévérer pendant trois ans et éviter les politiques contradictoires.

Quels sont ces signes  » contradictoires  » donnés par l’exécutif ?

Pendant la première partie du quinquennat, des décisions ont été prises sans continuité. L’année dernière, le projet de loi de finances a donné lieu à des allers-retours, alors que nous avons besoin de stabilité, de prévisibilité et de lisibilité.

Pariez-vous 1 euro sur la réélection de François Hollande en 2017 ?

Rien n’est jamais écrit à l’avance. La période actuelle demande beaucoup de courage. Que François Hollande fasse ce qu’il dit. Il est dos au mur. Mais on ne se bat jamais mieux que lorsque l’on est dos au mur.

Propos recueillis par Eric Mandonnet

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