La danse du continent noir

Le festival Africalia s’ouvre avec une  » Plate-forme de danse contemporaine « . Quatre jours dédiés aux chorégraphes venus d’Afrique

La vision stéréotypée de l’Afrique en Occident ? Une sorte de nébuleuse composée de pays dont ne parviennent que des images terribles, liées aux guerres et aux famines. Le festival Africalia (lire page 64) se propose de corriger cette vue réductrice en accueillant chez nous, pendant sept mois, tout ce que ce continent compte de plus prometteur en termes de création artistique dans les domaines les plus divers.

A quoi peut ressembler la création chorégraphique sur le continent africain ? Comment les chorégraphes parviennent-ils à échapper aux modèles des danses traditionnelles locales pour s’inscrire dans une modernité sans frontières ? La réponse à ces questions est à découvrir au cours de douze spectacles donnés dans cinq salles bruxelloises.

La plupart des artistes invités au festival insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas de montrer de la danse africaine, mais bien des chorégraphies contemporaines élaborées par des créateurs africains. La nuance est de taille. Cette distinction est clairement marquée, en particulier dans les solos et duos proposés à l’affiche d’Africalia. Ainsi, Moeketsi Koena revendique une danse résolument urbaine et développe un langage qui ne néglige aucun des aspects de la danse actuelle. Une approche dont témoigne Solve 4X, un puissant solo sur fond de bruitages respiratoires et vocaux. Pour sa part, l’artiste kényan Opyo Okach conjuguera mime, danse et figures rituelles dans Dilo, une performance à chaque fois réinventée. Sur le versant féminin, l’Egyptienne Karima Mansour évoque dans ses Passages les différentes étapes de la vie, soulignées par des atmosphères et des couleurs contrastées. Enfin, venues du Cap-Vert, les danseuses et chorégraphes Bety Fernandes et Rosy Timas nous mènent aux antipodes des clichés, grâce à Duas sem Três, un duo à voir absolument.

Le terme de  » métissage « , employé en Occident à propos d’un spectacle, indique en général la fusion entre plusieurs disciplines artistiques. Pour les chorégraphies proposées au cours du festival, le métissage désigne surtout le fait que les artistes réunis dans un même spectacle sont issus de pays, d’ethnies et de cultures africaines différents, et qu’ils ont uni leurs idées et leurs énergies pour faire £uvre commune. Par exemple, Nagtaba est né de la rencontre entre la compagnie Tché Tché (Côte d’Ivoire) et la compagnie Kongo Ba Teria (Burkina). Dans cette chorégraphie, articulée selon le rythme et le timbre changeants des percussions, ces deux troupes d’Afrique de l’Ouest manifestent leur volonté commune de refuser la haine et les conflits entre peuples frères. Avec la compagnie kényane Gàara, le métissage se fait plus sophistiqué. La scène est le lieu de rencontre entre cinq danseurs à la fois d’origines ethniques et artistiques différentes, comme la danse traditionnelle ou le cabaret. De plus, pour le spectacle Abila, le chorégraphe Opyo Okach, qui s’est formé, notamment, à Londres, dans les domaines du théâtre corporel et du mime, a aussi fait appel à trois artistes européens. Ceux-ci ont collaboré à l’installation sonore et vidéo de cette chorégraphie qui se développe au c£ur d’un cercle de craie figurant l’espace de partage et de rencontre.

Enfin, venu d’Afrique du Sud,  » The Floating Outfit Project « , collectif artistique panafricain dirigé par le chorégraphe et danseur Boyzie Cekwana, nous fera l’honneur d’une création mondiale intitulée Ja, Nee, une  » danse-installation  » sur le thème de l’enfance maltraitée, du viol et du sida. D’autres spectacles, tels La Traversée du Sud ou Mpirahalahy Mianala, illustrent aussi cette recherche d’harmonie et de paix à travers les métissages culturels et géographiques.

Thierry Denoël

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