La culture près de chez soi

Le 21 mars, les centres culturels fêtent l’arrivée du printemps. L’occasion de faire découvrir en un week-end ce qu’ils réalisent tous les jours. Les projets fourmillent, mais l’argent manque

Références : Le Printemps des centres culturels a lieu le week-end des 19, 20 et 21 mars. Organisation : Astrac, www.centresculturels.be; 061 31 30 11.

La grande maison de briques rouges, sur la place communale, est à peine plus grande que ses voisines. Sur sa façade, une banderole :  » Centre culturel de Rixensart « .  » Pendant l’été, quand le marronnier a toutes ses feuilles, on ne nous voit pas depuis la route « , regrette l’animatrice-directrice du centre culturel, Brigitte Peremans.

Elle dirige l’un des 103 centres reconnus par le décret de 1992. Parmi leurs missions : permettre aux citoyens d’accéder à la culture, près de chez soi. Un habitant de Ciney ne doit donc pas se déplacer dans une grande ville pour participer à un atelier vidéo ou voir le dernier spectacle en vogue. Chaque année, l’ensemble de ces associations en Communauté française dépensent 40 millions d’euros, et emploie près de 900 personnes.

Au c£ur du Brabant wallon, le petit centre culturel de Rixensart dispose d’une salle de 250 places.  » La commune nous a confié sa gestion. Mais cela n’est pas notre activité principale !  » En effet, les projets s’enchaînent. L’animatrice-directrice en parle avec enthousiasme :  » Dernièrement, c’est la section locale d’Amnesty International qui m’a contactée. Elle veut organiser une fête pour son 30e anniversaire. Je l’ai mise en contact avec d’autres associations locales. Un programme commun a été établi : des cafés-philos, des spectacles de théâtre, etc. Et, tous les deux ans, nous organisons notre ô randonnée d’artistes « , pour établir des contacts avec les artistes du coin.  »

Patrick Besure, président de l’Astrac (Réseau des centres culturels de la Communauté française), explique :  » Le public imagine que les centres culturels, c’est juste un bâtiment. Mais ce n’est pas que ça : les centres culturels sont avant tout des associations qui ont des activités très diversifiées ! Ils ne présentent pas uniquement des spectacles, ils peuvent aussi proposer des ateliers, des rencontres, etc.  » Le 21 mars, l’Astrac organise le Printemps des centres culturels. Son but : attirer l’attention sur les activités de ceux-ci. Un coup de projecteur sur des activités qui ont lieu toute l’année. Les centres ne veulent pas céder à l’événementiel : les animations présentées ce week-end-là se déroulent également le restant de l’année.

Depuis le décret de 1992, ces associations sont financées, pour moitié, par la Communauté française. Elle y investit chaque année près de 8 millions d’euros. L’autre moitié provient des pouvoirs locaux : la commune ou la province. Mais ces moyens ne suffisent pas. Les centres culturels se sentent bloqués dans leur développement.  » Nous présentons des spectacles scolaires depuis plusieurs années, raconte Brigitte Peremans. Au début, il fallait courir après les écoles pour les attirer chez nous. Maintenant, elles sont demandeuses : nous présentons 24 séances, et nous devons refuser du monde ! La Communauté française en subsidie 12. Pour les autres, nous puisons dans notre budget. Mais impossible d’en présenter plus ! On nous a fait travailler sur quelque chose qu’il faut réduire par la suite.  »

Trois personnes travaillent dans les bâtiments minuscules de Rixensart. A Charleroi, changement de décor. Le centre emploie 25 personnes. Situé à la salle L’Eden à sa naissance, il a développé depuis une synergie avec le palais des Beaux-Arts. Aujourd’hui, il dispose de deux salles, dont l’une peut accueillir 1 800 personnes. Les bâtiments sont prestigieux, bien visibles. Mais le directeur général, Pierre Bolle, se sent aussi bridé dans son développement.  » Nous voulons présenter des spectacles de qualité à un prix modique. Seul le financement public le permet.  »

Il compare la situation avec ses voisins : la France et la Flandre.  » En France, des spectacles de danse sont financés par les pouvoirs publics à hauteur de 60 % ! Chez nous, c’est beaucoup plus bas.  » Et il craint d’être marginalisé. Pourtant, la Communauté française promet une augmentation du budget : en 2007, elle aura doublé le montant de ses subsides aux centres culturels. Mais seuls quelques-uns devraient en profiter.

Pierre Bolle insiste sur l’importance du prix du billet.  » Le public peut payer 30 ou 40 euro pour aller voir le show de la Star Academy. Mais, pour faire découvrir de nouveaux spectacles, il faut un tarif très accessible. S’il est trop élevé, les gens ne viendront pas !  »

Présenter des spectacles inconnus : voilà la motivation des animateurs des centres culturels.  » Nous voulons amener d’autres plaisirs, et faire voir le monde autrement, confie l’animatrice-directrice de Rixensart. C’est aussi une manière de trouver son bien-être.  »

Julien Fastré

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