La culture dans tous ses états généraux

Caroline Dunski Journaliste

Nombre de projets culturels ambitieux, nés à Tournai, rayonnent en Wallonie picarde et dans l’Eurométropole par le biais de coopérations régionales et transfrontalières. Le tourisme, aussi, s’inscrit dans ces larges territoires.

Ça y est, c’est le printemps ! A Tournai, on a même lancé très officiellement le  » Printemps de la culture « . Sous la forme d’une consultation populaire, ces états généraux de la culture visent à entendre les revendications de la population et des associations, sur une dizaine de thèmes : danse, musique, théâtre, arts plastiques, cinéma, folklore, patrimoine, politique muséale…  » Il y a un foisonnement d’idées et de créativité à canaliser, note Tarik Bouziane, nouvel échevin de la Culture (PS). Il y a aussi beaucoup de réflexes corporatistes. Nous avons la volonté de décloisonner et d’organiser des transversalités entre les disciplines.  »

La première étape a déjà débuté. Elle a consisté à réaliser un inventaire, une radiographie du monde de la culture tournaisienne en identifiant les structures, les acteurs, les opérateurs, subventionnés ou non. L’idée est de mutualiser les moyens dédiés à la culture. D’ici au mois de juin, les rencontres se feront dans les villages. C’est la culture qui se déplace vers la population. Pendant l’été, les rapporteurs s’attèleront à la rédaction du résultat des consultations puis, en septembre, les conclusions seront présentées au public. Pour être mises en oeuvre, promet l’échevin.

Des initiatives osées, des projets ambitieux

La vie culturelle de Tournai est riche et variée. Des événements récurrents, initiatives de personnes ou d’associations diverses, se sont inscrits durablement dans le paysage de la Wallonie picarde et rayonnent bien au-delà des frontières de la ville, attirant un public éclectique. Depuis 1988, Tournai accueille un festival international d’artistes de cirque,  » La Piste aux espoirs « . Il y a trois ans, au départ d’une idée du directeur de No Télé Jean-Pierre Winberg, les cinémas Imagix, la télé locale, la Maison de la culture, la Ville et le Conseil de développement de Wallonie picarde lançaient  » Ramdam « , le festival du film qui dérange. Les organisateurs n’étaient pas certains que les Tournaisiens se laisseraient aisément déranger, mais chaque nouvelle édition attire plus de monde.

Plus récemment encore, à l’initiative du député provincial Serge Hustache, Tournai osait  » Les rencontres inattendues « . Ce festival allie musique classique et philosophie, deux disciplines d’apparence élitiste qui, réunies dans une démarche originale, donnent lieu à des spectacles inédits. Plus de 6 000 spectateurs ont pris part à la première édition, l’été dernier, et les organisateurs préparent la prochaine, programmée fin août 2013.

S’exprimant sur No Télé au sujet du succès de Ramdam, André Ceuterick, président du Festival du film d’amour de Mons, soulignait  » la formidable fédération des énergies autour de ce projet « . C’est sans doute là l’une des plus grandes caractéristiques de la culture à Tournai. Philippe Deman, directeur de la Maison de la culture, explique qu’il est  » difficile d’articuler une politique événementielle avec le travail de fond d’un centre culturel, mais à Tournai cela se fait plutôt bien, les événements ne sont pas portés seuls, chacun a pu dépasser ses propres responsabilités de structure. L’avantage d’une ville de dimension moyenne est qu’on se connaît tous, on s’apprécie et on parvient à mener des projets ambitieux.  »

Un projet de territoire

Dans le cadre de Mons 2015, c’est d’ailleurs un projet porté par 18 – sans doute bientôt 21 – des 25 communes de la Wallonie picarde qui sera présenté et non un projet de ville comme Tournai y était invitée parmi 14 villes wallonnes, flamandes ou françaises.  » Mons 2015 nous conduit dans notre projet de territoire, souligne Rudy Demotte. On n’y entre pas en tant que ville, mais en tant que Wallonie picarde, un bloc de territoire, en relation avec la Flandre et avec Lille.  »

Un appel à projets a été lancé par Culture.Wapi, l’agence culturelle de Wallonie picarde. Les candidats  » assembliers  » artistiques doivent répondre à une série d’objectifs : dynamiser les capacités créatives du territoire, animer les réseaux mobilisés, être attentifs à la dimension durable… Six projets ont été soumis à un jury d’experts internationaux et le lauréat sera bientôt dévoilé.

Rappelons que dans le domaine de la culture comme ailleurs, Tournai joue également un rôle moteur au sein de l’Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai où se nouent des coopérations transfrontalières. Bien que né en-dehors d’elle, le festival NEXT a été labellisé a posteriori par l’Eurométropole. Ici, c’est un projet interculturel porté par cinq structures qui, à l’origine, avaient chacune un festival abandonné au profit de Next. La mutualisation de leurs moyens leur a permis d’en faire un projet Interreg. Elles peuvent désormais montrer des artistes de renommée internationale que chacune ne pourrait présenter seule.

En 2018, la Maison de la culture fêtera ses 50 ans. Celle qui fut le premier centre subventionné par le ministère de la Culture occupe un bâtiment originellement très bien conçu qui doit néanmoins être rénové pour un montant de 17 millions d’euros. La Fédération Wallonie-Bruxelles a donné un accord de principe pour financer 70 % de l’enveloppe et, dans l’immédiat, la Ville a inscrit 200 000 euros à son budget extraordinaire 2013 afin de sécuriser la salle Jean Noté. Enfin, pour marquer ce jubilaire, Tournai ambitionne d’être nommée Métropole culture 2018 par la Communauté française. Ceux qui en rêvent semblent optimistes…

CAROLINE DUNSKI

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