La chasse aux Ch’tis

Ça va, biloute ?  » Tous les francophones se sentent un peu ch’tis. Des gars du Nord qui adorent les frites et les fricadelles et trempent leur tartine dans le café, comme dans le film culte de Dany Boon. D’ailleurs, le premier des francophones, Rudy Demotte (PS), ministre-président de la Région wallonne et de la Communauté française, n’habite-t-il pas Flobecq, dans la partie picarde du Hainaut ? Se jouant des frontières officielles, le pays ch’ti s’étend du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie, en France, à la ligne formée, chez nous, par Rebecq, Beaumont et Chimay, en passant par Mons et Tournai. Cette région, qui a traversé et traverse encore une lourde crise économique, a conservé cette convivialité héritée sans doute des ancêtres, de cette solidarité forgée au fond des mines, quand on n’a pas grand-chose à perdre. Mais ces gens du peuple ont pourtant encore mauvaise réputation comme l’a encore rappelé la banderole brandie, samedi dernier, au Stade de France, lors de la finale de la Coupe de la Ligue entre le PSG et Lens :  » Pédophiles, chômeurs, consanguins. Bienvenue chez les Ch’tis  » .

 » Salut, tis autres « . On est toujours le ch’ti, le bouc émissaire, de quelqu’un. Ces temps-ci, les Wallons ont un peu le sentiment d’être les Ch’tis des Flamands, le boulet qui empêche la Flandre d’être encore plus dynamique et plus prospère. Ainsi, avant le 15 juillet, il faudra régionaliser l’emploi, afin de permettre au Nord de mieux lutter contre les pénuries de travailleurs dans certains secteurs. Cela risque de déboucher, entre autres, sur des inégalités de traitement entre les chômeurs, dont les Wallons et les Bruxellois se passeraient bien.

Mais la Flandre aime aller de l’avant. C’est ainsi qu’elle a créé la  » zorgverzekering « , l’assurance-dépendance qui permet d’octroyer une somme d’argent forfaitaire aux personnes âgées pour les services non médicaux dont elles ont besoin. Les bénéficiaires principalement visés : les Flamands. Entrave à la libre circulation des travailleurs, a jugé la Cour européenne de justice, dans un arrêt rendu ce 1er avril. Coup sur coup, la Flandre vient de se faire tancer par les instances internationales. Voici moins de trois semaines, les Nations unies ont trouvé que le  » Wooncode  » comporte un risque de  » discrimination  » exercée  » en raison de l’origine nationale ou ethnique « . Pour rappel, ce décret flamand oblige les candidats à un logement social à être disposés à apprendre le néerlandais. Enfin, la Flandre refuse toujours de se plier aux demandes répétées du Conseil de l’Europe de signer la convention-cadre instaurant la protection des minorités, qui consacrerait le régime des facilités linguistiques dans la périphérie.

C’est le drame des Flamands. Ils sont de plus en plus souvent jugés coupables de discriminations, eux qui ont été si longtemps méprisés par la bourgeoisie francophone, eux qui étaient hier encore les Ch’tis de Belgique. Mais, pour préserver son identité, tous les moyens ne sont pas bons. Le combat pour sauver une langue minoritaire, le néerlandais, effectivement menacée au niveau international, est louable. Mais pas le combat contre ceux qui ne la parlent pas, ni la discrimination à leur égard.

Dorothée Klein, Rédactrice en chef

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