La balade de Sigmund

Une folle journée de Freud, sous la plume facétieuse de Nata Minor

Le Chapeau de Monsieur Freud, par Nata Minor. Grasset, 118 p.

On a dit déjà les qualités d’un roman aussi fascinant que La Partie dedames, publié voici trois ans par la romancière, psychanalyste et traductrice Nata Minor, d’origine russe et depuis longtemps Parisienne d’adoption. Elle y avait, notamment, convoqué l’ombre de Pierre Loti. Avec Le Chapeau de MonsieurFreud, c’est le père de sa propre discipline qu’elle dévoie au gré d’une fantaisie à la fois cocasse et tout en subtilité.

Alors que Sigmund Freud entreprend une balade matinale dans Vienne, il s’avise soudain que le chapeau qu’il porte, marqué des initiales A.S., n’est pas le sien. Son trouble s’accroît encore lorsque, rentré chez lui, un inconnu lui restitue son vrai couvre-chef et récupère l’autre sans s’être fait connaître. Il lui paraît toutefois possible que celui-ci appartienne à une de ses proches relations, l’écrivain Arthur Schnitzler, médecin lui aussi et épris de recherches en psychiatrie. Ainsi l’assaillent d’inquiétantes spéculations sur le principe du Double. Les réflexions qui se bousculent dans sa tête l’amènent à se questionner sur son cheminement depuis l’époque où il menait ses expériences sur le sexe des anguilles (dont il s’avoue d’ailleurs qu’elles n’expliquaient pas réellement les mystères de la femme…). Au hasard de la promenade qu’il reprend plus tard, diverses situations vont évoquer le souvenir d’une patiente qu’il a peut-être désirée ainsi que des aspects de ses théories, du refoulement de la sexualité à l’acte manqué ou à l’interprétation des rêves en passant par le lapsus et autres accessoires du cru. En même temps, il est conscient que tous les événements de cette folle journée le ramènent à l’écrivain-médecin Schnitzler et à cette obsession du Double (des chapeaux, un double : bonjour Magritte !). Sans doute les lecteurs rompus aux théories freudiennes goûteront-ils dans ce roman et dans ses affectueuses insolences des saveurs de viennoiseries encore plus fines. Mais, pour tous, cette balade freudienne reste un régal que l’écrivain et éditeur Charles Dantzig a pu d’ailleurs qualifier fort justement de  » chaplinesque « . Et il est vrai d’ailleurs que la chute en est aussi  » décoiffante  » que celles qui mettaient Charlot sur le cul.

Gh.C.

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