Kortrijk ou Liège?

Le Courtraisien Piet Goddaer, alias Ozark Henry, poursuit son succès en sortant la BO d’un très populaire feuilleton flamand. Le jeune Liégeois Benjamin Schoos, alias Miam Monster Miam, redéfinit son style en un album de « folk » belge

Ozark Henry est grand et mal rasé. A 32 ans, il est la révélation commerciale et artistique de 2002. Son troisième album, Birthmarks, sorti il y a dix-huit mois, ne cesse de se vendre – 32000 copies à ce jour en Belgique – et signe la reconnaissance d’un style musical élégant et instinctivement mélodique. Deux caractéristiques amplement illustrées par Sedes & Belli, sorti en décembre à l’unisson d’un feuilleton qui triomphe sur la VRT le dimanche soir. Pour la BO de ce polar situé à Ostende, Goddaer a tout bouclé en cinq semaines, de l’écriture à l’enregistrement. « Pour la première fois, j’ai eu l’idée de travailler avec d’autres chanteurs, Geike d’Hooverphonic ou Sarah de K’s Choice. Je voulais Dani Klein (de Vaya Con Dios) mais, comme elle en période de non-travail, elle a décliné. » Le disque est néanmoins ravissant. Outre les voix déjà citées, on retrouve l’organe toujours en légère lévitation de Jasper Steverlinck, vocaliste doué d’Arid, autre groupe flamand à succès. Et on se met à rêver que le service public francophone suscite une oeuvre de pareille qualité pour ses productions TV.

Ozark Henry/Piet Goddaer confirme son sens organique des mélodies qui vous emmènent vers un ailleurs mystérieux. Dans les instrumentaux, il reste dense et anticipatif, avec une grâce parfaitement naturelle. Ses qualités de compositeur contribuent à la réussite commerciale du disque – plus de 6000 disques vendus en un mois – et renforcent sa position au Benelux. « Aux Pays-Bas, le disque devait sortir à la fin de 2003 tout comme le feuilleton programmé sur la TROS, mais la demande a été telle qu’il y est distribué maintenant ! » Réjouissant sentiment d’une reconnaissance qui s’étend. Birthmarksne cesse de séduire et devrait prochainement arriver sur les marchés d’Espagne, de Grèce, d’Italie, du Portugal et, sous réserves, de France, d’Allemagne et de Grande-Bretagne. « A l’été 2001, juste avant la sortie du disque, on a joué au Pukkelpop en début d’après-midi, devant peut-être 5000 personnes. Un an plus tard, au même festival, en soirée, il y avait 30000 ou 40000 personnes qui connaissaient toutes les chansons par coeur!  » Le cachet d’Ozark Henry est, lui, resté le même! Pour autant, Piet continue à circuler à vélo dans les rues de Courtrai – où tout le monde le reconnaît – et possède toujours le même appétit de jouer ses morceaux en concert. Ainsi, il considère ses trois dates wallonnes en février (Chênée, Binche, Lessines) comme autant de rencontres intéressantes: « J’ai d’excellents souvenirs de Namur et Seraing », ajoute-t-il, avec le même grain de sympathie et d’optimisme qui éclaire sa musique…

From Liège with love

Quelques heures avant son concert au Botanique, le Sérésien Benjamin Schoos, alias Miam Monster Miam, est une boule de nerfs, mais parfaitement articulé dans son propos. D’une certaine façon, son troisième disque Forgotten Ladies est un pari audacieux. Financièrement, il a épuisé ses réserves personnelles et s’est associé à la Soundstation liégeoise (salle et label de qualité) pour réunir les 40 000 euros nécessaires à l’enregistrement du disque. Artistiquement, il s’est éduqué à la langue anglaise, a rêvé très fort de country music et de folk pour aligner quinze chansons impeccables arrangées dans des climats acoustiques aux cordes pincées. Toutes les plages n’ont pas le charme campagnard de What Loretta Said – possible allusion au terreau naturel d’une certaine Laurette O. -, mais la linéarité des climats rompt avec ses deux disques précédents, davantage ancrés dans un univers loufoque. « J’ai voulu faire un disque de folk belge avec le pari de chanter un anglais qui ne soit ni londonien ni américain, mais artificiel, belge. Ce disque révèle également une mélancolie peu abordée précédemment. » Curieuse entreprise imaginée dans les traces de Françoise Hardy ou de Montand pour les maladresses de l’emprunt à une langue étrangère. Travail épuré et étonnamment mature pour un jeune homme qui vient de fêter ses 25 ans. « Sans renoncer à une certaine tradition liégeoise illustrée par la pataphysique, ce disque-ci est une relecture de ce qui m’a touché, par exemple les oeuvres d’Edgar Allan Poe. » Sur certaines sonorités, Miam fait un lien subtil avec le passé « culturel » de la Wallonie: par exemple, en invitant l’ancien organiste des Serpents Noirs, légendaire groupe de bal rockisant des années 1960-1970, qui a déposé des nappes d’Hammond sur un titre. « Ce disque est aussi celui de la perte de la naïveté économique: pour Hey Thanks, je touchais 7 anciens francs par exemplaire vendu et j’avais beau trouver des concerts – une soixantaine en tout – avoir de la presse, l’album n’était pas en magasin. » Aujourd’hui, face à ce disque moins immédiatement personnel que les précédents – mais plus abouti – Benjamin s’emballe: « On peut me vendre comme le Helmut Lotti pop ou le Nick Cave liégeois, je m’en fous. J’ai pris des risques, comme celui de mettre la voix très en avant, ce qui ne se fait plus du tout ! J’espère seulement que Forgotten Ladies vivra plus de trois mois ! » Souhait déjà exaucé, puisque le disque a trouvé mille preneurs en une semaine, le score atteint par son prédécesseur en plusieurs mois. Benjamin/Miam a du talent et des projets: une musique pour le premier long-métrage d’Olivier Smolders et un livre de collages. Il symbolise une Wallonie réveillée qui, avec Jeronimo, Zop Hopop ou My Little Cheap Dictaphone, mérite une exposition de sa coulée continue.

Philippe Cornet, Ozark Henry: Birthmarks et Sedes & Belli, chez Sony. En concert le 15 février au c

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