Judaïsme, christianisme, islam : les questions qui fâchent

Les religions contre-attaquent. Là où on les croyait assoupies, les voilà qui repartent au combat, parfois avec le soutien d’hommes politiques. Dans cette cacophonie politico-religieuse, trois érudits, un chrétien, un juif et un musulman, s’élèvent contre les  » versets scandaleux  » de leurs textes sacrés.

Au secours ! Le cléricalisme est-il de retour ? Nos sociétés  » ouvertes  » sont nées de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, au prix de combats acharnés et de beaucoup de sang versé. On s’était habitué à distinguer le pouvoir temporel du pouvoir spirituel, relégué dans la sphère privée. Or voilà qu’en Europe, vieux champ de bataille des Religions meurtrières dénoncées par Eli Barnavi (Flammarion), les religions reprennent goût au pouvoir.

La religion reste ou est redevenue une source de passion politique. Une passion qui peut tuer. Après avoir fait équipe avec le cinéaste Theo van Gogh, assassiné par un Néerlando-Marocain, l’ancienne députée hollandaise Ayaan Hirsi Ali demande la protection de l’Union européenne. La sortie probable, le 28 mars prochain, sur Internet, du court-métrage Fitna, du député populiste néerlandais Geert Wilders, risque à nouveau de mettre le feu aux poudres. Il présente le Coran comme un texte fasciste, et Mohamed, comme un personnage fort peu recommandable. Les Pays-Bas sont sur le pied de guerre (lire en p. 60).

D’autres exemples tirés de l’actualité récente montrent que la tentation religieuse n’épargne personne. On savait le président français Nicolas Sarkozy très ému par l’idée de chrétienté. Mais il a été trop vite en besogne en déclarant que  » l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur « . Tollé dans les rangs républicains. En Espagne, les évêques ont défié le précédent gouvernement du socialiste José Luis Zapatero, dénoncé pour ses  » lois contraires à la morale et à l’influence catholique « . Ils s’étaient même laissés aller à donner des consignes de vote en faveur des conservateurs du Parti populaire espagnol. Sans succès.

Quant au primat de l’Eglise anglicane, l’archevêque de Canterbury Rowan Williams, il a réussi à se faire détester (presque) unanimement en plaidant pour l’application de la charia dans les affaires familiales et financières des musulmans britanniques. En 2005, l’Etat d’Ontario, au Canada, a été à deux doigts d’accepter que les citoyens de confession musulmane ressortissent à des tribunaux islamiques pour le règlement de leurs conflits familiaux. Le mouvement des femmes a fait échouer ce projet.

Pendant ce temps, les islamistes dits modérés qui gouvernent la Turquie, un Etat laïque, en principe, ont atteint leur premier objectif : la réintroduction du foulard à l’université. A quand le tour des lycées et des administrations ? L’épreuve de force ne fait que commencer. Une note d’espoir, toutefois : en Egypte, un tribunal a permis à des Coptes convertis à l’islam de récupérer leur ancienne identité chrétienne. Mais, en Algérie, un prêtre catholique a été condamné à une peine de prison pour avoir fait, soi-disant, du prosélytisme. Et le Pakistan est la proie d’émeutes si l’on touche à l’image du Prophète.

Dès lors, quand des hommes de religion cherchent à déminer leurs textes sacrés, il faut les écouter. Un chrétien (Yves Simoens), un juif (David Meyer) et un musulman (Soheib Bencheikh) ont amorcé le débat. En écrivant Les Versets douloureux, ouvrage à six mains paru récemment aux éditions Lessius, ils ont puisé dans les textes sacrés les phrases qui suscitent la haine, la violence et les guerres. Et ils proposent de s’en libérer.

Leur courageuse démonstration nous donne l’audace de regarder ce qui, chez nous-mêmes, comme chez les autres, choque, heurte et terrifie. C’est à cet exercice que Le Vif/L’Express s’est livré : outre l’analyse de ce livre (lire en p. 52), nous abordons plusieurs thèmes, non exhaustifs, qui, dans les trois religions du Livre, interpellent nos consciences (lire en p. 54). Sans caricature. Mais pour ouvrir le chemin à une meilleure compréhension réciproque.

l Pascale Gruber, Marie-Cécile Royen et Olivier Rogeau

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