Jeanine, la vie à petits pas

Les pensions, en Belgique, sont parmi les plus faibles d’Europe. Comment vivre dans une grande ville avec 1 000 euros par mois ? Jeanine, 80 ans, y parvient…

Chez elle, il y a un arbre magique accroché au mur, au-dessus de la cheminée. De ces petits arbres en carton, peints en vert, censés embaumer l’intérieur des voitures. Celui-là ne doit plus rien sentir depuis longtemps. Dans un coin, quelques paires de chaussures. Une minuscule table orne le milieu de la pièce. Dessus, elle a posé une tasse à thé propre et une cuillère, pour tout à l’heure. Jeanine, 80 ans, tient à ce que son trois-pièces soit rangé, et propre. Après tout, elle a été  » servante interne  » quand elle était plus jeune.

Ni téléphone, ni télévision, ni frigo

Dans quelques mois, elle devra avoir vidé ce lieu de vie bruxellois, appelé à être rénové de fond en comble, au même titre que les immeubles voisins, et reloué plus cher, ensuite. Il lui faudra donc trouver à se loger ailleurs.  » Je paie actuellement 222 euros de loyer, précise-t-elle. Les prix des appartements ont tellement augmenté à Bruxelles depuis quelques années que je m’attends à devoir en payer 400 à l’avenir. Au-delà, ce ne serait pas possible. « 

Veuve depuis vingt ans, Jeanine bénéficie d’une pension d’environ 1 000 euros par mois.  » Avec ça, je paie mon loyer, le gaz et l’électricité, l’assurance-incendie, une visite chez le médecin de temps en temps. Plus mes vitamines. Et il faut bien, parfois, s’acheter une paire de souliers, n’est-ce pas ? Mais je n’ai pas de dettes. Aucune.  » Et il y a de la fierté dans sa voix. Ses fins de mois ne sont pas difficiles, assure-t-elle. Habituée à vivre chichement depuis toujours, elle ne doit guère voir de différence entre ces rudes dernières années et les précédentes. Quand on lui parle de la crise, elle demande jusqu’où elle frappe :  » Même à Namur ? « 

Chez elle, il n’y a pas de téléphone, ni de télévision, pas plus que de frigo ou de machine à laver. Pas l’ombre non plus d’une salle de bains. Jeanine dispose juste d’un évier de cuisine pour se laver. Elle ne mange pas de viande, ou presque :  » Ce n’est pas très bon pour la santé.  » A vrai dire, elle se nourrit surtout de soupe et de pain. Il lui arrive de traverser toute la ville pour aller s’acheter des vêtements de seconde main, toujours. Dans le tableau de son budget, les dépenses doivent se faire rares…

Jeanine a des amis mais elle préfère les voir à l’extérieur plutôt que les recevoir chez elle  » où il n’y a pas de confort et pas de fauteuils, vous comprenez ? « . Il y a quelque temps, les services sociaux de la ville ont proposé à Jeanine d’aller vivre à Saint-Josse.  » Dans cette rue, il y avait beaucoup de dames derrière les vitrines. On les appelle des prostituées. Je n’ai pas osé y aller. « 

L.V.R.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content