Jades et ivoires

Le 26 avril, la police fédérale émettait un avis à la presse. Le sujet : une nouvelle affaire d’escroquerie au jade et à l’ivoire. Une supercherie qui fait recette depuis une vingtaine d’années. Nous vous révélons ici un de leurs modus operandi.

Un premier escroc, pseudo-marchand de tapis, entre en contact avec ses futures victimes, naturellement aisées. Il se présente à la porte, s’introduit chez elles et procède à un achat de confiance. Comment ? En s’extasiant et rachetant, directement sur place, pour quelques milliers d’euros, un tapis de moindre valeur. Les futures victimes ainsi flattées, la confiance est installée. Plus tard, l’homme repasse, cette fois chargé d’une collection de jades et d’ivoires. Logiquement, les gens ne sont pas intéressés. Qu’importe ! Le vendeur, subitement très pressé, abandonne sur place la marchandise, expliquant qu’il repassera la rechercher ultérieurement. C’est alors qu’intervient  » par hasard  » un second personnage, expert en art. Par quel moyen celui-là entre-t-il en contact ? Eventuellement en accrochant sur un parking le véhicule des victimes et en laissant ses coordonnées. A coup sûr, elles l’appellent et l’invitent à passer chez elles pour remplir le constat d’accident. A son tour, il se pâme devant les objets laissés.  » Mais quelle magnifique collection de jades ! Aux Emirats, j’ai un client qui serait prêt à dépenser plus de 2 millions d’euros pour ces antiquités. Combien en demandez-vous ?  » Les victimes expliquent que ça ne leur appartient pas et se renseignent dans les jours qui suivent auprès du premier marchand pour savoir quel serait son prix. 200 000 euros ? Une somme dérisoire ! Les victimes transmettent l’information à l’expert qui prétextera un souci, très temporaire, de liquidités. La solution ?  » Versez déjà 100 000 euros. Je viendrai vous rembourser au plus vite avec l’argent de mon client et vous récompenserai d’une belle commission.  » Appât du gain oblige, l’argent est versé. Et les deux hommes, volatilisés ! Jusque-là, les victimes pensent encore détenir des pièces de grande valeur. La déconfiture intervient après leur passage dans une salle de vente qui assurera qu’il ne s’agit là que de contrefaçons, de vils articles de décoration vendus  » au mètre  » aux restaurants chinois !

Cela peut sembler insensé (quelle naïveté !) mais cette escroquerie, bien orchestrée, a fait des centaines de victimes. Le préjudice moyen tourne autour des 100 000 euros et le montant global pour la Belgique, ces dix dernières années, atteint quelque 70 millions d’euros ! Le dernier cas concerne trois victimes qui ont pu, grâce à l’intervention de la police et de la justice bruxelloises, être totalement remboursées. Et ça, c’est réellement exceptionnel !

G. GR.

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