Israël-Palestine : d’autres voix juives…

Les organisateurs rendront compte des travaux et des résolutions de la rencontre, au cours d’une séance publique qui aura lieu, le samedi 15 mars, à l’auditorium Helder Camara (MOC), 19, rue Pletinckx, 1000 Bruxelles. Des témoins et acteurs de premier plan, tel Miguel Angel Moratinos, représentant spécial de l’Union européenne pour le processus de paix au Moyen-Orient, prendront la parole au cours de cette séance.

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Enfant juif, chassé par l’Anschluss de l’Autriche devenue avec enthousiasme, en 1938, province du IIIe Reich, je dois la survie à des Belges qui, à mon arrivée à Bruxelles avec quelque 600 autres gosses, embarqués comme moi dans un train de la Croix-Rouge, m’ont accueilli et m’ont traité comme leur fils. A partir de 1941, une brave et modeste dame catholique, blanchisseuse-teinturière de son état, m’a caché dans son arrière-boutique, rue Saxe-Cobourg, à Saint-Josse-ten-Noode.

Cette Juste, Marthe Van Doren, comme des milliers d’autres Belges, n’a jamais eu recours à la phrase  » Je ne savais pas  » pour justifier, au nom d’une ignorance confortablement adoptée, le silence et la passivité devant l’Horreur qui décimait les juifs européens.

Alors, si l’Holocauste a légué un message et un devoir aux survivants et aux descendants de ces juifs-là, c’est celui de bannir à jamais le  » Je ne savais pas  » !

Ce devoir ne consiste pas pour eux à se complaire dans un rôle d’éternelles victimes, grâce auquel l’Etat d’Israël se verrait octroyer un chèque en blanc sur le sort d’un peuple qui n’a pas eu l’heur d’être  » élu  » et qui a eu le malheur de vivre sur une  » terre promise « . Au contraire, il est impérieux d’utiliser cette terrible mémoire comme garde-fou, destiné à éviter que se reproduisent en d’autres lieux, envers d’autres victimes présentes et à venir, les dérives paranoïaques du passé. Elle doit nous permettre de nous opposer à ce que, au nom des souffrances qu’endurèrent les juifs d’Europe, les Palestiniens puissent, à leur tour, être assiégés, humiliés, terrorisés, privés de ressources, affamés, méprisés, discriminés, dans les ghettos de Cisjordanie et de Gaza. Qu’ils puissent voir leurs maisons détruites, leurs champs dévastés, leurs jeunes, privés de tout avenir, poussés au désespoir…

Voilà ce qui m’a incité moi, citoyen belge, comme d’autres individus et dix-huit organisations juives, originaires de dix pays européens, à me joindre au Collectif des  » Juifs européens pour une paix juste au Proche-Orient « . Proclamant  » Ne dites pas : je ne savais pas « , celui-ci a été constitué à Amsterdam, l’an dernier, en réaction contre l’idée fort répandue que l’ensemble des communautés juives de la Diaspora défend unanimement et inconditionnellement la politique menée envers les Palestiniens par le gouvernement d’Israël.

Réaction qui me paraît extrêmement salutaire alors que, précisément, les partisans inconditionnels d’Israël traitent d’antisémites ceux qui, juifs ou non-juifs, ont l’outrecuidance de critiquer ce pays et son gouvernement.

Ces mêmes juifs qui, il y a peu, se mobilisaient contre l’entrée des néonazis dans le gouvernement autrichien, accusé à juste titre de n’avoir jamais assumé le passé nazi de ce pays, demeurent sans réaction contre l’accession au pouvoir en Israël d’une coalition comprenant des ministres de partis ouvertement racistes. Parmi lesquels il s’en trouve pour prôner sans états d’âme l’extension des colonies juives et le  » déplacement  » de populations palestiniennes. Un vocabulaire qui ne va pas, vous vous en doutez, sans éveiller quelque méchante association d’idées dans mon inconscient de petit juif viennois… ! N’y a-t-il pas là précisément le risque d’alimenter quelque nouvelle forme de judéophobie ?

Ce Collectif des Juifs européens pour une paix juste a choisi Bruxelles, siège des instances européennes de décision, pour y organiser, les 13, 14 et 15 mars, sa deuxième rencontre. Il entend y préparer des interventions auprès des institutions de l’Union européenne, en vue de les inciter à user de leur influence pour faire revenir les parties au conflit à la table de négociations. Et ceci sans conditions préalables, conformément à la demande insistante des mouvements de la paix israéliens et palestiniens.

Les participants à la conférence s’accordent sur trois principes de base, à partir desquels ils s’efforceront de préconiser des actions concrètes :

1. L’occupation des territoires conquis en 1967 par Israël et la colonisation d’une grande partie d’entre eux nourrissent la violence au Proche-Orient.

2. La paix ne pourra être basée que sur la reconnaissance mutuelle et inconditionnelle du droit à l’existence, côte à côte, de l’Etat d’Israël et d’un Etat palestinien, souverain et viable, sur la base des frontières existant avant la guerre de Six Jours, avec Jérusalem comme capitale commune.

3. La reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens et de la part de responsabilité de l’Etat d’Israël dans l’émergence de ce problème, préalable aux négociations. Sa solution pratique devra résulter d’un accord basé sur des conditions de justice, d’équité et de praticabilité. Il devra inclure des compensations et ce droit au retour ne peut mettre en danger l’existence d’Israël, principe accepté par la délégation palestinienne lors des négociations de Taba (Egypte), en janvier 2001.

Par Henri Roanne-Rosenblatt, ancien journaliste à la RTBF et réalisateur de films documentaires

L’ensemble des communautés juives de la Diaspora ne défend pas la politique d’Israël envers les Palestiniens

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