Inégalité des chances

La Fondation Roi Baudouin a mis sur pied un réseau d’écoute pour les plus vulnérables. Elle publie un premier lot de leurs témoignages. Dérangeant et glaçant

(1) Témoignages d’exclusions au quotidien, un réseau d’écoute pour détecter de nouvelles injustices sociales, Fondation Roi Baudouin. Tél. : 070 233 728. Ce rapport peut également être gratuitement téléchargé sur le site www.kbs-frb.be

Depuis toujours, Jos a distribué des journaux et des publicités dans les boîtes aux lettres de sa commune au nord d’Anvers. Tout le monde le connaît au village. A 70 ans, il continue ses tournées, à vélo. Il vit dans une masure qui ressemble à un taudis et touche une pension de 200 euros. Pour le reste, issu d’une famille où la pauvreté s’est transmise de génération en génération, il n’est en ordre avec aucune administration. Il ne bénéficie pas d’assurance-maladie et ne va pas à la pharmacie car c’est trop cher. Il doit se faire opérer. Mais comment, sans eau courante, va-t-il affronter ensuite sa convalescence ? Dans de telles conditions, les services d’aide à domicile ne se déplaceront pas…

Ce témoignage d’une assistante sociale de Brecht ouvre une longue série d’autres histoires individuelles, anonymes et poignantes, recueillies par la Fondation Roi Baudouin auprès d’un réseau d’écoute et publié dans un rapport (1). L’exclusion touche de nombreuses catégories de la population. Les sans-abri, les pauvres, bien sûr. Mais aussi les vieux, les handicapés, les illettrés, les malades, les mères isolées, les illégaux exploités par les marchands de sommeil, les enfants de familles disloquées qui vivent avec un parent ayant du mal à joindre les deux bouts, les anciens détenus à qui la société n’offre que peu de chance de réinsertion… Bref, les oubliés de la société d’abondance.

Ces témoignages subjectifs sont ceux de travailleurs sociaux, de médecins, de magistrats, d’enseignants, de prêtres…, qui s’étonnent de voir à quel point le filet social est troué et la bureaucratie pesante. Un médecin d’Etterbeek constate que les bas salaires se rapprochent de plus en plus du niveau des allocations de chômage. Une aide familiale d’origine marocaine, à Thuin, dénonce l’abandon de nos aînés et parle de non-assistance à vieillesse en danger. Un prêtre de Gingelom, près de Saint-Trond, observe que les personnes âgées, en zone rurale, ont de plus en plus de mal à vivre seules, lorsque tout devient centralisé (disparition du bureau de poste, du boulanger, de l’épicier, de l’antenne de la mutuelle…). Au fil de tous ces récits, un constat émerge : nous avons décidément perdu le sens de la solidarité.

Th.D.

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