» Il ne m’a pas brisée « 

Sabine Dardenne, 20 ans, va affronter son bourreau. Sa victoire est là : être vivante, en bonne santé physique et morale, mener une vie normale et témoigner. Ensuite, elle retournera à son cher anonymat

C’est promis. Quand le délai du pourvoi en cassation sera expiré,  » Maître Rivière  » et  » Mademoiselle Dardenne  » abandonneront leur ton cérémonieux. Jean-Philippe Rivière avait 33 ans lorsque les parents de Sabine lui ont demandé, en août 1996, de prendre la défense de leur fille.  » Jusqu’à l’âge de sa majorité, je l’ai vue trois fois en consultation avec sa mère.  » A 18 ans, la jeune fille a confirmé l’avocat tournaisien dans sa mission. Un avocat qui va répétant :  » Je ne suis ni un pédopsychiatre ni un ami de la famille « , pour expliquer son formalisme.  » Sans le savoir, il a été un super-tuteur de résilience, analyse Bruno Humbeek, travailleur social, auteur d’un ouvrage sur la résilience, De Blanche-Neige à Harry Potter (Publications socio-pédagogiques de l’université de Mons-Hainaut). La résilience, concept popularisé par le Français Boris Cyrulnik, est la faculté de surmonter une expérience traumatisante.  » Pour devenir tuteur de résilience, il faut accepter inconditionnellement l’autre et croire en son développement, le laisser parler lui-même de ce qui l’a marqué et ne pas l’enfermer dans son statut de victime « , explique Humbeek

Pour Me Rivière, la clé du redressement de sa cliente est sa force de caractère û exceptionnelle û et la qualité de sa famille et de ses amis, à Kain.  » Elle n’a pas été entourée par des gens larmoyants « , relève-t-il. A peine délivrée de Marc Dutroux, les enquêteurs ont dû la retenir car elle voulait engueuler son bourreau, dans le bureau voisin du sien, à la caserne de Charleroi. Sabine n’a pas été  » facile  » avec l’expert psychiatre tournaisien, le Dr André Denis, désigné par le juge d’instruction pour évaluer son traumatisme.  » Deux fois, c’est bien assez !  » trancha la fillette. Délivrée le 15 août, Sabine n’a qu’une idée en tête : préparer sa rentrée scolaire et reprendre le plus vite possible une vie normale. Elle y parviendra, avec l’aide et la sympathie de bien des gens dans ce Hainaut occidental, dont les médias ont fait bloc pour protéger son intimité. Elle a terminé ses études secondaires en n’ayant redoublé qu’une année, a trouvé un job de manutentionnaire dans la région, puis un emploi dans une grande administration bruxelloise. Elle a un petit ami et s’est installée  » en ville « , à Tournai.  » Nous avons fait deux ou trois émissions, puis nous avons décidé spontanément de la laisser tranquille « , se souvient Manu Guevart, rédacteur en chef de la télévision locale No Télé. Sabine n’est pas une ingrate. C’est à lui qu’elle a donné sa première interview télévisée, après avoir rencontré des journalistes triés sur le volet pour clamer son inquiétude :  » Que vont-ils faire de mon procès ? » C’était l’époque où, insinuait-on du côté du parquet et de certaines parties civiles, l’absorption de médicaments lui aurait embrouillé la mémoire. Faux ! Cette gamine bien organisée, fille d’une infirmière et d’un ancien gendarme, n’a jamais perdu la notion du temps grâce à sa montre et à son journal de classe, qui lui ont permis de tenir un journal de sa séquestration, en plus des lettres bouleversantes qu’elle écrivait à ses parents. Dutroux les interceptait, lui faisant croire qu’il était en pourparlers avec eux pour la  » rançon  » réclamée par le  » chef « . Il y trouvait de nouvelles idées de tortures mentales, même s’il était tenu insidieusement en échec. Car elle protestait pour tout : les attouchements, la solitude, la mauvaise nourriture et jusqu’à cette proposition dérisoire de son geôlier de lui faire repeindre un pan de sa cache en jaune.  » Et puis, quoi encore !  » lui répondit Sabine, dont, pourtant, chaque instant était plombé par l’angoisse de la mort.  » Je me suis forcée à ne rien oublier pour pouvoir tout raconter au procès, lui montrer qu’il ne m’a pas brisée.  » Ensuite, elle retournera à l’anonymat d’une  » vie normale « .

M.-C.R.

 » Et puis, quoi encore !  » lança-t-elle à Dutroux, qui voulait lui faire repeindre sa cache en jaune

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