Une oeuvre engagée est-elle la propriété de son concepteur ou de la société ? © courtesy Michaël Lellouche/dr

Hasta siempre

Tout au long de l’année écoulée, la question de la contestation s’est invitée au coeur des programmations. Ce n’est qu’un début, continuons le combat ?

Dans La Face cachée du marché de l’art (éd. Beaux-Arts), la journaliste britannique Georgina Adam ne dissimulait rien des bassesses d’un marché mû tant par la cupidité que par des mécanismes opaques – ports francs, évasion fiscale ou encore flipping, cette manoeuvre peu scrupuleuse mais pas illégale consistant à acheter une oeuvre et à la revendre au plus vite en faisant du profit. L’auteure se fendait aussi d’une tirade nostalgique sur le bon vieux temps où l’on achetait une oeuvre d’art  » tout simplement parce qu’on l’aimait « .

Si la question de la valeur est indissociable de celle de la création, 2018 a eu à coeur de nous rappeler que des parenthèses ont bel et bien existé. En la matière, la célébration des 50 ans de Mai 68 a été une opportunité unique. Ce moment de contestation est aussi celui durant lequel les images sont entrées en lutte. Dans la foulée de cette résistance ont été posées des questions aussi fondamentales que celles de la propriété intellectuelle : dans la mesure où son oeuvre est le reflet d’un dialogue avec son époque, un artiste est-il le propriétaire ou le dépositaire d’une pièce ?

A partir de 1968, l’artiste ne se perçoit plus comme un démiurge au-dessus des hommes, il prend conscience du fait que la réception de l’oeuvre est aussi importante que sa réalisation. A ce titre, il n’est pas inutile de rappeler deux attitudes diamétralement opposées. Alors qu’il aurait pu prétendre à des droits sur plusieurs affiches sorties de l’Atelier populaire, l’Argentin Julio Le Parc s’en est toujours gardé, revendiquant par-là la primauté du collectif sur l’individuel. Soit tout le contraire d’un Bernard Rancillac, qui s’est battu pour que lui soit attribuée la conception de la célèbre affiche  » Nous sommes tous des indésirables « , alors que sa version était différente –  » Nous sommes tous des Juifs et des Allemands  » et que la photographie utilisée de Daniel Cohn-Bendit avait été prise par Jacques Haillot. Tout au long de l’année, que ce soit au Mima ( Get Up, Stand Up ! ), à la Centrale for contemporary art ( Résistance), à Bozar ( Resist ! ) ou à l’ING Art Center ( Revolutions : Records and Rebels 1966-1970), à Bruxelles, il a été question de désobéissance aux lois du marché et du profit, ainsi que de refus des postures d’égoïsme. Pétard mouillé ? L’avenir nous le dira.

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