Guy Coëme (PS) ne renie pas les notionnels

Les intérêts notionnels ne font pas que des heureux dans le privé, certes. Mais ils font le bonheur des entreprises publiques. Voilà que le PS, très critique envers ce  » cadeau  » fiscal de Didier Reynders (MR), se montre plus coulant. Son député Guy Coëme donne le ton.

LeVif/L’Express : Les intérêts notionnels n’en finissent pas de faire jaser. On apprend que même les entreprises publiques (La Poste, SNCB, Belgacom) en usent et en profitent. Le PS était au parfum ?

Guy Coëme : Pas en tant que tel. Mais une loi existe, elle peut fiscalement s’appliquer à toutes les entreprises, publiques et privées. Sinon, ce serait créer une distorsion de concurrence. Il n’y a donc rien d’anormal à nos yeux.

Le  » cadeau  » fiscal ne soulève donc pas de contre-indication dans le cas d’entreprises contrôlées par l’Etat ?

Nous souhaitons que les intérêts notionnels, votés par le précédent gouvernement, assurent une meilleure assise financière aux entreprises, attirent chez nous des entreprises étrangères et évitent des délocalisations.

Dans ce cas, l’avantage fiscal n’a pas pour but d’attirer des entreprises étrangères et d’éviter une délocalisation. Où est la logique ?

Cela pose une autre question. Nous sommes membres d’un gouvernement, qui a pris des décisions au sein du conclave budgétaire.

Cela s’arrête là ?

Nous serons clairement vigilants quant aux suites que réservera le ministre des Finances (NDLR : le MR Didier Reynders) aux décisions prises. Ce qui importe, c’est l’activité économique et la création d’emplois durables.

Le député SP.A Dirk Van der Maelen, qui a levé le lièvre à propos de la Banque nationale, croit avoir trouvé la preuve d’un usage abusif des intérêts notionnels : la BNB n’a pas investi 1 euro pour créer de nouveaux emplois, affirme-t-il. Le PS partage cette lecture ?

Non. Le SP.A est dans l’opposition : il est normal qu’il fasse flèche de tout bois et se radicalise sur cette question.

Le PS ne juge donc pas le procédé des intérêts notionnels moralement condamnable quand il s’applique à des entreprises publiques, alors même qu’il coûte aux caisses de l’Etat ?

Cela ne nous pose pas de problème insurmontable. On peut se poser la question de l’opportunité de cette mesure quand la question de la concurrence ou de la productivité ne se pose pas. Il faudra ouvrir un nouveau débat à ce sujet, c’est clair.

Sans trop tarder ?

Le gouverneur de la Banque nationale sera auditionné à la Chambre. Il faut d’abord attendre que la Banque nationale nous livre son opinion sur la problématique de l’emploi généré au sein des entreprises par ce mécanisme.

Quelle crédibilité faut-il encore accorder à l’évaluation du mécanisme des intérêts notionnels menée par un organisme qui par ailleurs en tire profit ?

Oh vous savez, si on veut chercher la polémique, on peut toujours trouver des poux ! La Banque nationale est une institution suffisamment qualifiée et indépendante pour fournir des réponses précises à des questions précises.

La Poste qui ferme des bureaux et réduit ses effectifs, mais qui économiserait 8,6 millions euros via les intérêts notionnels : on est vraiment dans le schéma voulu par l’instauration de ce mécanisme ?

On ne peut évidemment pas ne pas se poser ce genre de questions. Mais la mesure peut aider La Poste à mieux s’armer pour relever le défi de la prochaine libéralisation des services postaux.

On a connu le PS très critique sur les intérêts notionnels. On ne nage pas en pleine hypocrisie ?

Ecoutez, la mesure est manifestement attrayante, on ne peut le nier. Mais rien n’est tout à fait blanc ni tout à fait noir. La question est plus complexe que le langage que l’on peut tenir dans un vibrant discours.

Propos recueillis par Pierre Havaux

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