Guido De Bondt (COIB) :  » Les athlètes pourront s’exprimer « 

A quatre mois de l’ouverture des Jeux de Pékin, la pression est maximale sur les instances olympiques, accusées de cautionner le régime chinois. Guido De Bondt, secrétaire général du Comité olympique et interfédéral belge (COIB), se défend.

A Athènes, des militants de Reporters sans frontières ont contesté l’organisation des JO à Pékin. Cette déferlante médiatique vous déstabilise ?

E Pas du tout. C’était prévisible.

Ah bon ?

E On ne pouvait pas prévoir les incidents au Tibet, mais dès que la décision d’organiser les Jeux à Pékin a été prise, en 2001, on savait que cela allait provoquer du remous. D’ailleurs, au siège du COIB, nous avons déjà reçu beaucoup d’associations de défense des droits de l’homme. Et personne n’a jusqu’à présent plaidé en faveur du boycott.

Les athlètes belges présents à Pékin pourront-ils critiquer le régime chinois ?

E Oui. Le COIB a tranché en janvier dernier. D’autres comités olympiques nationaux, par contre, interdisent à leurs athlètes de s’exprimer en dehors du contexte sportif. Nous, nous estimons que la Belgique est un pays libre et les athlètes, aussi. Nous leur demandons juste de respecter la charte olympique et, donc, de ne faire aucune déclaration politique dans les enceintes olympiques (stades, villageà).

Les athlètes sont-ils inquiets par les menaces de boycott ?

E Jusqu’à présent, non.

Les instances olympiques, habituées aux discours consensuels et feutrés, ne semblent pas préparées à une telle polémique…

E Vous savez, j’ai déjà connu une situation semblable juste avant les Jeux de Moscou, en 1980. Le président américain Jimmy Carter avait demandé le boycott, en raison de l’intervention soviétique en Afghanistan, et le gouvernement belge s’était aligné sur cette position. Malgré tout, le Comité olympique belge a maintenu sa participation aux JO. Il a toutefois laissé les athlètes libres d’aller ou pas à Moscou.

Des personnalités comme Didier Reynders et Nicolas Sarkozy n’excluent pas un boycott. Vous prenez la menace au sérieux ?

E Ce serait injuste pour les athlètes. Ils s’entraînent des années pour aller aux JO. Mais je le répète : pour le moment, personne, ou presque, ne demande un boycott des Jeux. Ou alors un boycott limité, qui concernerait la cérémonie d’ouverture, mais pas les compétitions.

Le Comité international olympique (CIO) n’a-t-il pas commis une erreur en confiant l’organisation des Jeux à Pékin ?

E Ah, non ! Je trouve que c’était une bonne décision. La Chine représente un cinquième de la population mondiale. Shanghai avait déjà présenté sa candidature en 2000, mais elle n’avait pas abouti. L’organisation d’un tel événement permet aussi de faire évoluer un pays. J’ai eu ce sentiment-là après les Jeux de Moscou…

Vous ne pouvez pas nier la situation désastreuse des droits de l’homme en Chine !

E Il y a des progrès, quand même… La base du mouvement olympique, c’est sa charte. Et la Chine respecte cette charte.

Ne faudrait-il pas y inscrire le respect de certains critères en termes de droits de l’homme ?

E C’est un autre débat, ça. Il faut être prudent. Parce que, à la limite, on ne pourra plus organiser des Jeux nulle part.

Cet apolitisme ne revient-il pas à cautionner le régime chinois ?

E Je rappelle que l’organisateur des Jeux, c’est une ville, et non un pays. Il ne s’agit pas d’un contrat passé entre le CIO et un Etat. Puis la force des JO, c’est aussi qu’ils mettent en lumière certaines situations : sans eux, peut-être que les événements qui se déroulent actuellement au Tibet n’auraient pas reçu le même écho. l

Entretien : François Brabant

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