Guerre et trait

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En six ans et sept albums, la série Les Enfants de la Résistance s’est fait une place à part, entre fiction tout public, outil pédagogique et développements audiovisuels. Un phénomène qui rebondit aussi sur le goût (trop? ) prononcé de la BD pour la Seconde Guerre mondiale.

A chaque génération ses références: si les quadras bruxellois se souviennent sans doute encore des jeunes Jan, Piet et Liesje qui firent le sel de leur cours de néerlandais (avec Jan « op het perron » et Tom, leur chien, « onder de stoel »), il y a fort à parier que pour beaucoup d’enfants d’aujourd’hui, et cette fois tant français que belges, les prénoms de Eusèbe, François ou Lisa, les personnages principaux de la série Les Enfants de la Résistance, forte en six ans de sept albums (1), resteront associés pour longtemps à… leur cours d’histoire. Ce trio de fiction et de BD est en effet devenu pour beaucoup d’instituteurs le meilleur outil pédagogique à leur disposition pour aborder le sujet de la Seconde Guerre mondiale, lequel figure au programme des classes de 5e et 6e primaire en Belgique francophone. Un intérêt pédagogique pour une série de bande dessinée que son éditeur, Le Lombard, a bien compris et développé, au point de faire de cette série typiquement franco-belge et tout public un des succès les plus marquants de ces dernières années.

Guerre et trait

Désormais, Le Lombard dit vendre 7 000 exemplaires, chaque semaine, des aventures de ces enfants résistants, alors que les expos itinérantes ou événementielles se multiplient et que les profs se ruent sur les fiches pédagogiques en ligne et, désormais, sur les podcasts Résister! qui recueillent les témoignages de « vrais » enfants résistants (2). Le tout, avant une adaptation audiovisuelle qui s’annonce inévitable, vu le succès et le potentiel de l’oeuvre créée par le dessinateur Benoît Ers et l’auteur Vincent Dugomier. « On nous a déjà proposé un dessin animé, un film, des séries… », nous explique ce dernier. « Et on en a refusé beaucoup, ce qui n’était pas difficile vu que ça n’a jamais été notre fantasme. Là, on se dirige vers le format qui nous semble le plus cohérent, et c’est en cours de développement depuis un an. Mais on fait très attention, je suis assez maniaque et on suit ça de très près, comme pour les romans (NDLR: une adaptation de la BD en roman jeunesse, comptant déjà quatre tomes chez Rageot): l’essentiel, c’est de ne pas se faire dévoyer. »

7 000 exemplaires des aventures de ces enfants résistants se vendent chaque semaine.
7 000 exemplaires des aventures de ces enfants résistants se vendent chaque semaine.© le lombard

De la fiction à la réalité

Si la série lancée en 2015 est née sous une bonne étoile, entre le bagage du duo qui se connaît par coeur après de précédentes séries comme Les Démons d’Alexia ou Hell School, l’air du temps marqué ces dernières années par les commémorations liées à la Seconde Guerre mondiale et la disparition naturelle des témoins de l’époque, qui pousse la fiction a les remplacer dans ce travail de mémoire, le destin de ces Enfants de la Résistance a été bousculé dès 2015 par un long article paru dans La Classe, le magazine de référence des instituteurs français. Séduit par le classicisme et la grande lisibilité de la série, mais aussi par le soin apporté à sa documentation, le magazine se fend alors également de fiches pédagogiques accompagnant la lecture des albums, proposant de véritables leçons « clés en main » à une kyrielle d’instituteurs, cruellement en manque d’outils pédagogiques sur le sujet.

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© le lombard

Une ouverture vers les écoles que n’avaient pas prévue les auteurs. « Quand on réalise nos albums, déclare Vincent Dugomier, on ne pense évidemment pas aux écoles ou à l’aspect pédagogique, même s’il y a beaucoup de notions que nous sommes tenus d’expliquer. Et nous n’avions surtout pas conscience d’un tel manque. Très vite, nous avons reçu une masse d’invitations dans les écoles, que l’on essaie désormais de réguler parce qu’on ne peut pas répondre à toutes: la Fédération Wallonie-Bruxelles va ainsi produire elle-même un court métrage autour de la série et destiné aux écoles ».

Une sorte d’introduction aux albums et aux dossiers pédagogiques qui accompagnent désormais chaque sortie, et un intérêt éducatif qui n’a pas échappé aux équipes du Lombard, lesquelles ont mis en place des modules d’expositions que l’on a par exemple pu voir, à Bruxelles, au Musée de la Résistance ou au Musée BELvue, dans un dispositif faisant la part belle à l’interactivité, ou encore la création de ces podcasts Résister!, auxquels Vincent Dugomier tenait beaucoup: « Tous les développements qui se sont faits autour de la série se sont créés petit à petit, assez naturellement avec, je crois, plus de cohérence que d’opportunisme, comme cette série de podcasts: Benoît et moi sommes des enfants de résistants, nos histoires sont basées sur des faits et des personnages authentiques, on tenait beaucoup à ce basculement de la fiction à la réalité, avec des témoignages de véritables enfants entrés dans la Résistance, et dont la plupart sont, hélas, morts aujourd’hui. »

Cartes, fiches pédagogiques, podcasts: autant d'outils précieux pour les enseignants.
Cartes, fiches pédagogiques, podcasts: autant d’outils précieux pour les enseignants.

Dans le septième épisode de la série, sorti il y a quelques semaines, Eusèbe, François et Lisa, 16 ans désormais, continuent de distribuer des tracts, de ramener des renseignements et de mener des actions de sabotage, alors que le « Conseil national de la Résistance » se profile et qu’un bombardier américain s’écrase dans un champ près de leur village de Pontain L’Ecluse. Une intrigue qui se déroule exactement de novembre 1942 à septembre 1943 ; la fin de la guerre et de la série ne s’annonce pas pour tout de suite.

(1) Les Enfants de la Résistance, tome 7 – Tombés du ciel, par Benoît Ers et Vincent Dugomier, Le Lombard, 56 p.

(2) bit.ly/3xOBneR

Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c'est s'assurer 10 à 15% de ventes en plus.
Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c’est s’assurer 10 à 15% de ventes en plus.© toutes les couvertures: DR

Un certain goût du Reich

Les BD exploitant l’esthétique nazie sont devenues légion, entre cynisme éditorial et opportunisme commercial.

« Dès que nous avons lancé la série, nous n’avions qu’une exigence à faire entendre à notre éditeur », explique Vincent Dugomier: « Il n’y aura jamais de croix gammée sur la couverture. C’est un sujet délicat, autour duquel il y a parfois beaucoup de cynisme ou de racolage en bédé. Mais au moment de lui en parler, lui-même nous a interpellé avec une demande: ne jamais mettre de croix gammée sur la couverture. Ça nous a rassurés. »

Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c'est s'assurer 10 à 15% de ventes en plus.
Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c’est s’assurer 10 à 15% de ventes en plus.© toutes les couvertures: DR

De fait, un simple coup d’oeil sur les étals des librairies bédé suffit à s’en rendre compte, jusqu’au malaise: on n’a jamais vu autant d’albums de BD arborant une svastika ou la la représentation de Hitler sur leur couverture! Une surreprésentation de l’esthétique nazie encore plus évidente dans le rayon du franco-belge réaliste en « 48 cc », tel que consommé en quasi- exclusivité par les plus vieux lecteurs, et un biais commercial, que nous confirme un libraire bruxellois: « Les éditeurs savent très bien que mettre Hitler en couverture leur assure 10 à 15% de ventes en plus ; les récits réalistes autour de la guerre ou du nazisme forment un véritable sous-genre, qui possède son propre public fidèle. Les commémorations de ces dernières années, et le succès de séries comme ces Enfants ont encore accentué la tendance. Là, on déborde d’albums sur Napoléon, mais il ne détrône pas Hitler, qui fascine toujours. »

Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c'est s'assurer 10 à 15% de ventes en plus.
Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c’est s’assurer 10 à 15% de ventes en plus.© toutes les couvertures: DR

Une fascination, une sur-représentation et un marché de niche que ne pouvait effectivement pas laisser indifférent le succès familial et scolaire des Enfants de la Résistance, pourtant exempt de toute esthétique opportuniste. On a par contre vu fleurir des ersatz aux limites du plagiat, tels Le Réseau Papillon chez Jungle (dans la Normandie occupée, une bande de gamins se décident à défendre leur pays) ou L’Ecole buissonnière chez Grand Angle (dans Neuilly occupé, une bande de gamins se décident à rejoindre le maquis), certes nimbés de bonnes intentions et parfois de bons auteurs, mais aux ambitions avant tout commerciales.

Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c'est s'assurer 10 à 15% de ventes en plus.
Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c’est s’assurer 10 à 15% de ventes en plus.© toutes les couvertures: DR

« C’est la même chose en littérature, poursuit Vincent Dugomier, on y voit des croix gammées à tour de bras, on les a banalisées jusqu’à l’insupportable. Nous, on essaie vraiment de ne pas apporter d’eau à ce moulin, et il existe évidemment plein de livres admirables autour de ces sujets. » La BD jeunesse a effectivement été particulièrement fertile ces dernières années en albums « dignes » autour de ces sujets parfois délicats, voire tabous, de la minisérie Irena au one-shot L’Enfant cachée, en passant par quelques adaptations réussies du Journal d’Anne Frank. N’empêche: « Tout dépend de la démarche, et de sa sincérité. »

Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c'est s'assurer 10 à 15% de ventes en plus.
Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c’est s’assurer 10 à 15% de ventes en plus.© toutes les couvertures: DR

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Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c’est s’assurer 10 à 15% de ventes en plus.© toutes les couvertures: DR
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Le nazisme continue à fasciner: mettre Hitler en couverture, c’est s’assurer 10 à 15% de ventes en plus.© toutes les couvertures: DR

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