Galice: « Plus jamais! »

Plus de cent jours après le naufrage

du Prestige , les plages galiciennes

sont toujours noircies par le pétrole.

La plate-forme  » Nunca máis  » accuse

le gouvernement Aznar d’être en partie responsable de la catastrophe

Correspondance particulière

La mer est ici, avec nous ! C’est la première manifestante de cette marée humaine « , clamait l’écrivain galicien Manuel Rivas devant les 240 000 personnes rassemblées dimanche passé, à Madrid. Sur les pancartes et les drapeaux qu’elles portent à bout de bras et sur toutes les lèvres, un seul message :  » Nunca máis « . Dans le nord-ouest de l’Espagne, cela signifie  » plus jamais « . Deux mots qui expriment la colère et l’indignation, mais qui sont aussi suffisamment vagues pour rassembler sous une même bannière des coopératives de pêcheurs, des artistes, des partis d’opposition, des syndicats, des associations écologistes et des mouvements sociaux comme Attac ou Oxfam.

La manifestation convoquée par  » Nunca máis  » est une fête gigantesque, tapageuse. Pourtant, à l’origine de la plate-forme, il y a simplement la rencontre d’un groupe de musiciens et d’acteurs avec les pêcheurs de Muxia, une des localités les plus touchées par la marée noire.  » Comme au forum social de Porto Alegre, tout est parti d’une initiative citoyenne, en dehors des cadres traditionnels de l’action militante, remarque Ruymán Seisdedos, membre du syndicat anarchiste CGT. D’ailleurs, la moitié des gens qui sont ici ne sont pas du tout politisés.  »

Dans le cortège résonnent les gaitas (cornemuses galiciennes) et les tambourins. Les revendications n’en sont pas moins intransigeantes. Une habitante d’Illa de Arousa, en Galice, exige que  » ce gouvernement incompétent prenne ses responsabilités « , c’est-à-dire qu’il démissionne. Ambiance radicale et débridée : la recette est devenue la marque de fabrique de la  » nouvelle société civile « . En Espagne, ce type de rassemblement a d’ailleurs déjà trouvé un nom : la mani-fiesta-acción.

Peu orthodoxe, la plate-forme  » Nunca máis  » a néanmoins été rejointe par l’ensemble des partis d’opposition, au risque d’une récupération du mouvement. Le Premier ministre espagnol José Maria Aznar a d’ailleurs accusé ses adversaires de vivre politiquement de la catastrophe. Au sein même de  » Nunca máis « , certains reprochent au parti socialiste et au BNG (nationalistes galiciens) d’utiliser la plate-forme pour régler leurs comptes avec le parti populaire (PP, droite). Jusqu’à présent, le mouvement, pas plus que les manifestations contre la guerre, n’a pourtant réussi à faire tanguer le gouvernement. Reste l’inconnue des prochaines municipales, qui auront lieu au mois de mai. En Galice, celles-ci prendront bien entendu une tournure particulière. La région a l’habitude de voter massivement à droite et le PP détient la majorité absolue au parlement autonome. Cependant, là plus encore qu’ailleurs, le gouvernement Aznar a été durement critiqué depuis le 13 novembre, jour où le Prestige a lancé son appel de détresse.

 » Selon moi, ce qui s’est passé n’a rien d’un accident, tonne Joaquim Beiro, pêcheur de moules depuis douze ans. A l’origine, il y a peut-être un incident inévitable, mais c’est à cause du gouvernement que nous, les gens de la mer, sommes maintenant incapables de travailler.  » Ce qui est sûr, c’est que la décision de remorquer le Prestige en haute mer, contre l’avis de la compagnie de sauvetage qui souhaitait l’amener dans un port afin de faciliter le transvasement du fioul, s’est révélée désastreuse. Le naufrage du navire a en effet aggravé la situation de façon considérable.  » Ensuite, quand la marée noire est devenue une réalité, nos ministres nous ont menti sur la quantité de pétrole que contenait réellement le Prestige « , s’exclame Sonsoles Arnau, militante d’Izquierda Unida, une coalition qui réunit plusieurs partis de gauche.

Teresa Vicente, elle, a revêtu une combinaison blanche pour venir manifester. Dès le mois de décembre, elle était en Galice pour nettoyer le chapapote (pétrole) avec le groupe  » Ecologistas en acción  » de Salamanque.  » Là, je me suis rendu compte que l’aide promise par le gouvernement était inexistante, se rappelle-t-elle. Si ça n’a pas été pire, c’est uniquement parce que les habitants ont pris les choses en main, et que des volontaires sont venus les aider.  »

En attendant, marée après marée, le pétrole continue de venir s’agglutiner sur l’ensemble de la côte nord espagnole. Plus de trois mois après le naufrage du Prestige.

François Brabant

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content