Franc-tireur du foot belge

Chroniqueur caustique de l’émission Studio 1, Stéphane Pauwels publie un livre et s’emballe :  » Je suis devenu un phénomène de société.  » Le pire, c’est qu’il a raison. l

Stéphane Pauwels a rendez-vous avec le peuple. Depuis la sortie de son livre, dans lequel il balance ses quatre vérités, ça n’arrête pas : le commentateur vedette de Studio 1, l’émission foot de la RTBF, enchaîne les bains de foule. Ce vendredi après-midi, il est attendu pour une séance de dédicaces au Carrefour de Herstal. Le décor : un zoning en bord de Meuse, entre l’aciérie de Chertal et l’incinérateur d’Intradel ; quelque part donc dans cette banlieue liégeoise, socialiste et farouchement pro-Standard. Les haut-parleurs du supermarché annoncent, en exagérant un peu :  » Chers clients, Stéphane Pauwels dédicace son dernier livre de 17 à 18 heures au rayon librairie.  » Après tout, il ne s’agit que de son premier livre. Qu’importe, Pauwels arrive à peine que, déjà, une vingtaine de personnes se pressent autour de lui pour solliciter une signature. Certains portent sous le bras trois exemplaires de Pauwels brise le silence. Un homme bedonnant l’apostrophe :  » Vous osez tout dire, vous. C’est ça qui nous plaît. Puis j’aime bien vos feintes à cinq balles.  » Se croyant au stade, quatre jeunes gars chantent à tue-tête :  » Stéphane Pauwels, olééé olééé . » Un autre vient faire dédicacer son magazine Maximal, avec la pulpeuse actrice Eva Mendes en cover. Pauwels se marre. Plus tard, lorsqu’il se rend aux toilettes, madame pipi l’interpelle :  » Je vous regarde tous les lundis ! Je trouve dégoûtant que les joueurs tirent toujours par le maillot. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire quelque chose contre ça ? Mais je ne suis qu’une petite dame…  » Du tac au tac il répond :  » Vous n’êtes pas si petite que ça, vous êtes plus grande que moi. Vous avez raison, les tirages de maillot ne sont pas assez sanctionnés.  »

Chaque lundi soir, dans Studio 1, rebelote : en direct, Stéphane Pauwels (39 ans) lâche des commentaires au vitriol, dans un mélange ébouriffant d’excès et d’acuité. Son style rock’n’roll crève l’écran. Ses saillies alimentent à la fois la réflexion et la polémique. Et le public en redemande. Depuis son lancement, en janvier 2006, l’émission a doublé son audience, qui atteint aujourd’hui de 120 000 à 150 000 téléspectateurs. Professeur de sciences politiques à l’ULB et observateur critique du monde footballistique, Jean-Michel De Waele ne cache pourtant pas son malaise face aux prestations télévisées de Stéphane Pauwels.  » Il y a une inadéquation entre la hauteur de son verbe et ce qu’il a démontré sur le plan sportif, explique-t-il. Que Guy Roux émette des critiques parfois très vertes, cela ne me dérange pas : c’est un grand monsieur du foot… Mais ne perdons pas de vue que les joueurs sont aussi des êtres humains, et je ne vois pas au nom de quoi Pauwels s’arroge le droit de traiter Untel ou Untel de nullité. Il y a là une forme de populisme sportif très dérangeant.  »

Il y a le Pauwels de la télé, le fort en gueule, celui qui flingue tous azimuts. Il y a aussi Pauwels l’esthète, qui achète ses tee-shirts à Amsterdam et à Londres, et nulle part ailleurs. Ou encore Pauwels le fêtard invétéré, toujours prêt à décapsuler une Satcheu, la bière locale d’Estaimpuis. Mais, derrière le masque, il y a un Pauwels qui révèle des failles, meurtri par le suicide de son frère. Il n’évoque qu’à demi-mot l’enfance à Leers-Nord, grosse bourgade collée à la frontière française, non loin de Mouscron. On devine qu’à la maison ce ne fut pas rose tous les jours… De son père, instituteur et militant socialiste, il garde la fibre sociale.  » Je suis un homme de gauche, je ne m’en cache pas. Des gens se sont battus pour les congés payés. Il faut respecter ça « , martèle-t-il, avec cet accent picard qu’il gomme sur les plateaux de télévision, mais qui refait rapidement surface dès qu’il les quitte.

Dix ans, déjà, que ce drôle de zigoto traîne ses guêtres dans le milieu du football. Tour à tour, on l’a vu responsable du marketing à Mouscron, coordinateur sportif à Lille, directeur technique de la sélection nationale algérienne… Mais c’est à La Louvière, comme manager général du club, en 2004 et en 2005, qu’il a connu sa saison la plus intense. Le meilleur, d’abord : des transferts judicieux qui permirent aux Loups de se maintenir longtemps dans le top 5 du championnat. Le pire, ensuite : un licenciement brutal, puis la mise en cause par l’émission d’investigation Panorama de la VRT, Le Tacle de la mafia. Soudain, Stéphane Pauwels se retrouva mêlé au scandale des matchs truqués. De cette affaire rocambolesque, deux ans après sa révélation, on ne sait toujours pas grand-chose. Sauf que Pauwels ne figure plus parmi les suspects.  » Il a été victime de la jalousie et de la mesquinerie qui empoisonnent le landerneau « , estime Robert Waseige, ancien entraîneur des Diables rouges.  » Au moment de l’engager dans Studio 1, j’ai recoupé mes informations et acquis la certitude qu’il n’avait rien à voir là-dedans « , ajoute Michel Lecomte, présentateur de l’émission.

Aujourd’hui, outre sa participation à Studio 1, Stéphane Pauwels officie comme recruteur pour l’AS Monaco. Autrement dit : il assiste à plusieurs matchs par semaine, un peu partout en Europe, avec l’espoir de dénicher de jeunes talents susceptibles d’intégrer le club monégasque. Un job passionnant, dit-il. Il nourrit encore d’autres projets. Ainsi il se verrait bien, par exemple, approfondir sa carrière à la télé et animer un talk-show.  » Je suis devenu un phénomène de société « , clame-t-il à qui veut l’entendre. Où s’arrêtera-t-il ?

Pauwels brise le silence, entretiens avec Michel Matton, aux éditions Luc Pire. Studio 1, sur La Deux, tous les lundis à 20 h 15.

François Brabant

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