Fourniret face à la justice

Les enjeux du procès, les victimes oubliées, les caprices de l’accusé, l’efficacité des enquêtes, la colère des parties civiles belges. Cinq questions essentielles avant les assises de Charleville.

1Pour quels faits sont-ils jugés ? Michel Fourniret est poursuivi pour cinq meurtres, deux assassinats avec viols et séquestrations d’adolescentes ou de jeunes femmes, en France et en Belgique, entre 1987 et 2001. Monique Olivier est renvoyée devant les assises pour avoir participé, en 1989, au meurtre de Jeanne-Marie Desramault et pour complicité dans cinq autres affaires. Les époux devront aussi répondre de trois enlèvements, dont celui de Marie-Ascension, à Ciney, en 2003. Les accusés risquent la perpétuité. L’enjeu du procès, qui devrait durer jusqu’à la fin du mois de mai, sera de déterminer leurs rôles respectifs dans les meurtres et les enlèvements.

2 Y a-t-il d’autres crimes ? Le couple vient d’être mis en examen dans le cadre de deux autres disparitions : celui de Joanna Parrish, retrouvée morte à Auxerre, en 1990, et celui de Marie-Angèle Domece, disparue en 1988 dans la même ville. Reste l’affaire Estelle Mouzin, une fillette de 9 ans, disparue le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne). Bien qu’il le nie, le tueur en série pourrait être impliqué dans sa disparition. Par ailleurs, il a affirmé  » chasser deux vierges par an « . Si c’est le cas, il manque au moins une dizaine de victimes à la liste. D’autant que, pour la période s’étendant de 1990 à 2000, il n’a avoué aucun meurtre. Le mystère des jeunes filles au pair (entre quatre et six, selon les enquêteurs dinantais), que le couple a engagées durant ces années-là pour s’occuper de leur fils, reste entier.

3 Fourniret sera-t-il présent au procès ? Le psychopathe est imprévisible. Selon son avocat belge, Me Castaigne, il viendra au début du procès, dès le 27 mars. Ensuite, il verra… Le président de la cour d’assises peut néanmoins obliger, manu militari, l’accusé à comparaître. Si Fourniret est absent, le procès se tiendra tout de même normalement, avec débat contradic- toire. L' » ogre des Ardennes  » peut également décider de ne pas être défendu, obligeant ainsi ses avocats français commis d’office à se taire. Ce qui serait pénible pour les parties civiles en attente d’explications.

4 Les enquêtes ont-elles failli ? Le dossier Elisabeth Brichet a piétiné au début.  » Par exemple, il aurait fallu, dès l’annonce de sa disparition en 1989, surveiller les frontières « , rappelle Me Arnould, avocat de Marie-Noëlle Bouzet, mère d’Elisabeth. Une fois la cellule Brichet constituée, l’enquête a pris un tour nouveau. Mais il était trop tard. Les parents d’Elisabeth ont obtenu une indemnité de l’Etat belge. Coup de chapeau, par contre, aux limiers de Dinant qui ont fait craquer le couple diabolique, en 2004. De son côté, la justice française a bien des choses à se reprocher : entre 1987 et 1990, Fourniret a commis six meurtres et s’est fait condamner à deux reprises dans des affaires de vols avec violence et d’incendie criminel. Durant ces trois années, il était sous le coup d’une mise à l’épreuve judiciaire ! Il était aussi connu pour des faits de m£urs commis dans les années 1960. L’Etat français va devoir rendre des comptes à l’issue du procès.

5 Pourquoi y a-t-il un différend entre la Belgique et la France ? Les parties civiles belges ne bénéficient pas de l’aide juridictionnelle (couvrant certains frais, notamment de déplacement) accordée par l’Etat français dans le cadre des procès pour crimes graves. Promesse avait pourtant été faite, en son temps, par le parquet général de Reims. C’est à cette condition, entre autres, que Marie-Noëlle Bouzet et les autres victimes avaient accepté qu’un procès unique se tienne en France. Me Arnould a interpellé l’Elysée et le ministère français de la Justice, en plaidant la question de principe et celle de l’égalité de droit dans un procès pénal. Réponse : il peut s’adresser à un confrère français qui lui rétrocédera ses droits. Absurde ! Contrairement à la Belgique, la France ne joue pas le jeu de l’Europe judiciaire.

A voir : l’équipe de Dossier Noir proposera une émission spéciale,

le mercredi 26 mars, à 20 heures,

sur La Une, avec deux reportages :  » Fourniret-Olivier, la logique du mal  » et  » Les victimes oubliées « .

Th.D.

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