Films européens cherchent télé accueillante

Il n’y aura pas de chaîne du cinéma européen. Mais RTBF Sat, qui arrose le continent, pourrait en faire modestement office, dès septembre

Sous le regard bienveillant des caryatides de l’Acropole, à Athènes, les réalisateurs de cinéma et experts ès politiques audiovisuelles, réunis le week-end dernier, n’avaient qu’un mot à la bouche : circulation ! L’Europe a beau produire chaque année davantage de films que les Etats-Unis (quelque 620 l’année dernière pour 449 outre-Atlantique), il ne peut y avoir de  » cinéma européen  » si les £uvres ne sont vues que dans leur pays respectif et jamais û ou si peu û chez leurs voisins. Diversement obsédés par la puissance du bulldozer américain qui occupe jusqu’à 70 % des petits et grands écrans sur le Vieux Continent, les réalisateurs ne rêvent pas tous de rentrer dans le Top 10 des succès commerciaux. De ce côté, d’ailleurs, un seul film européen y figurait en 2002 : Astérix et Cléopâtre, à la 9e place… Mais au moins réclament-ils une vraie politique qui soutienne la production, stimule la distribution et renforce le rôle des télévisions à cet égard.  » Mais entre le cinéma et la télé, c’est pire qu’avant, regrettait une scénariste française. Des chaînes en viennent à acheter des films sans les programmer ensuite !  »

Une petite consolation pourrait venir de Belgique. A Athènes, Richard Miller, ministre (MR) de l’Audiovisuel en Communauté française, a expliqué son nouveau projet : utiliser RTBF Sat, le programme par satellite du service public, comme embryon de chaîne européenne dédiée notamment au cinéma. Voici un an, l’homme û il ne dédaigne pas les effets d’annonce û rêvait à haute voix de créer de toutes pièces une chaîne pour cela. Sur le papier, les obstacles juridiques et économiques n’étaient pas minces, mais surmontables. Dans les faits,  » Viviane Reding, commissaire européenne en charge de la Culture, et Philippe Maystadt, président de la Banque européenne d’investissement, n’ont pas apporté les soutiens nécessaires « , regrette le ministre. Revu à la baisse, le projet, actuellement au stade des hypothèses de travail, se présente comme une sorte de test. Il s’agirait, dès le 1er septembre prochain, d’ajouter une centaine de films européens par an à la programmation de RTBF Sat, qui ne diffuse, pour l’instant, que les émissions d’information et les productions propres de la RTBF.  » La présence de la Belgique serait affirmée, on utilise un service public, et on pourra ensuite plus facilement élargir l’expérience avec d’autres « , fait remarquer Miller. Et puis,  » l’effet vitrine pour la chaîne sera très bénéfique « , se réjouit Jean-Frédéric Laignoux, directeur de RTBF Sat depuis son lancement, en novembre 2001.

Et les coûts ? Pour ces films qui seront des  » classiques  » ou de récents films d’auteur au succès public mitigé, les droits devraient tourner autour de 3 500 euros par film. Ils seront pris en charge par la Communauté française.  » Pour le dernier quadrimestre de 2003, je puiserai dans mon budget et pas dans les crédits d’aide publique au cinéma, précise le ministre.  » Restera un autre défi à relever très vite : diffuser RTBF Sat aussi sur le câble belge pour que ceux qui n’ont pas d’antenne parabolique et de décodeur puissent la recevoir. Quel sera l’accueil des télédistributeurs à cette perspective ?  » Il y aura débat « , prédit Miller. La RTBF fera- t-elle de ce projet une vraie  » 3e chaîne « , en y incluant aussi de la publicité ? Elle devra en tout cas éviter de se faire concurrence à elle-même. En attendant, RTBF Sat, souligne Laignoux, est avec TV5 la seule chaîne européenne francophone généraliste et gratuite. Cocorico.

Jean-François Dumont

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