Rosanne Mathot

Fight Club

Où le café devient une arène politique dans laquelle les candidats se livrent aux plus improbables épreuves, en vue des communales.

La politique est un sport total. Elle aime les idéologies qui s’affrontent violemment sur le tatami. Surtout à l’aube des communales. A la politique, il lui faut des empires qui s’effondrent, des violences, des vaincus, des supplices et des vainqueurs. La politique est partout. Elle entoure le royaume de ses flammèches, comme une plaque de cuisson au gaz dont tous les trous s’embrasent, dès qu’on en approche une allumette.

Souvent, la règle du jeu, c’est la triche. Les tricheurs ne l’admettent pas volontiers. Ils se battent bien souvent eux-mêmes contre d’autres tricheurs, tout au fond d’un panier de crabes. Et le panier de crabes ne pardonne jamais. Même aux gros poissons qui jouent avec le feu.

– Je vous ai déjà dit de laisser les allumettes tranquilles, Bart ! beuglait une Lorelei hors d’elle, au sortir d’un soupir énervé propre aux maîtresses d’école.

– Mais, je ne suis qu’un sosie, moi ! C’est avec humour que je tire la liste BDW : Bier, Drug, Wijf (bière, drogue, meuf). Refacit Antverpia Greatus ! (1)

– Il se passe quoi, ici, ce soir ? demanda sèchement le chef de salle à sa serveuse, avisant des gens en rouge, ramant à sec dans une pirogue, une rose à la main ; les frères d’Ardenne se livrant à une scène de Hamlet (2) ; la Team Theo ahanant au tir à la corde (3), encouragée par les jeunes nationalistes flamands de Schild en Vrienden, qui faisaient battre leurs tambours dans un monde devenu sauvage (4).

– C’est un événement artistique. La patronne va aimer, non ?

– J’ai des doutes… (5)

– C’est comme un happening des années 1970, Le Fleuri ! Ça a été organisé via les réseaux sociaux. C’est pour sélectionner les meilleurs candidats, aux communales (6). C’est de l’art ! Ça va plaire à la patronne !

– J’ai des doutes…

Le Fleuri se rassit. Reprit sa bière. Décida de ne plus rien voir ou écouter, de se mettre en retrait du chaos. Il y a des limites à tout. Même à la complaisance. Même au sport. Même à la politique.

Mais c’est pas tout ça : l’heure tourne ! Où est encore passé le serveur ? S’agirait pas de louper le film qui va démarrer sur la Une, à 20h15….

(1) « Rendons sa grandeur à Anvers » : référence à Trump. La phrase est de Geert Beullens, acteur flamand, sosie de De Wever, qui se présente à Anvers et entend faire du latin simplifié la langue de la ville, arguant que De Wever est si incompréhensible qu’on dirait qu’il s’exprime en latin.

(2) A Bastogne, le bourgmestre et président du CDH, Benoît Lutgen, doit composer avec la candidature de son frère Jean-Pierre, tête de liste citoyenne.

(3) Pour lancer la campagne de la N-VA, Francken a publié, sur Twitter, des photos de tir à la corde.

(4) Après le reportage de la VRT sur le mouvement Schild en Vrienden, des connexions ont été révélées entre ce mouvement et la N-VA.

(5) C’est en 1958 que Raymond Devos interprète pour la première fois son mythique sketch  » J’ai des doutes « .

(6) Le 19 août, le mannequin Natasha Aponte a rassemblé, via l’appli de rencontres Tinder, plus d’une centaine d’hommes, pour les mettre en compétition.

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