Femmes au mitan

La ménopause est un voyage intérieur qui amène à se libérer de son histoire pour renaître différente

C’est un tabou. Une sorte d’anomalie honteuse dans notre société, qui tente par tous les moyens d’escamoter le passage du temps. La ménopause, loin d’être le signe irrémédiable du déclin, constitue une étape féconde dans la construction de la féminité, estime la psychanalyste Catherine Bergeret-Amselek, qui a publié La Femme en crise (Desclée de Brouwer) (1).

Le Vif/L’Express : Que se passe-t-il dans cette période difficile du mitan de la vie ?

E Catherine Bergeret-Amselek : A partir de 45-50 ans, un nouveau rapport au corps et au temps brouille les repères et plonge les femmes dans une dépression atmosphérique plus ou moins violente. Bouleversées physiquement et psychiquement par l’arrivée de la ménopause, elles doivent faire le deuil d’une partie d’elles-mêmes, deuil qui réveille tous les deuils passés, notamment les bébés qu’elles n’ont pas eus. C’est aussi l’heure du bilan et des questions sur le sens de la vie :  » Aurai-je le temps de tout faire ? Où en était ma mère au même âge ? »… Plus elles avancent en âge, plus elles ont l’impression de la rejoindre, de lui ressembler.

A la ménopause, on se mesure à cette mère une ultime fois, comme à l’adolescence et à la maternité. Nous a-t-elle délivré son laissez-passer ? Nous a-t-elle confirmées dans notre capacité à devenir femmes puis à donner la vie ? C’est ce passeport pour la féminité, que les femmes cherchent dans leur poche, qui va leur permettre, s’il a bien été validé par leurs parents, de s’autoriser à vieillir différemment. Vieillir comme sa mère, c’est se confondre avec elle. Mieux, c’est la détrôner. Moins bien, c’est la trahir.

Comment franchir ce cap ?

E En acceptant d’affronter la crise existentielle et en acceptant de renoncer à une certaine image de soi, à celle que l’on a été. Cette attitude permet une ouverture qui donne beaucoup de liberté et de souplesse. Toute l’énergie déployée pour bâtir son couple, sa famille, son métier peut alors s’investir autrement. Après 50 ans, on apprend à donner du temps au temps. On est moins dans le faire, plus dans l’être. Ce parcours de sagesse, c’est, somme toute, la maturité, qui n’est pas facile à atteindre dans une société où l’on n’a pas le droit de vieillir.

Sur quoi débouche ce cheminement ?

E La ménopause occasionne un voyage intérieur qui amène à se libérer de son histoire pour accepter de renaître différente, à chaque seconde. C’est peut-être cela, rester vraiment jeune : continuer à grandir jusqu’au bout de la vie.

(1) Organisée par l’ASBL Femmes et santé, une conférence :  » Femmes d’âge moyen, identités narratives et sur-médicalisation. Un autre regard sur cette période qu’on appelle la ménopause  » aura lieu le 11 mars, 10 rue du Méridien, à Bruxelles (de 9h15 à 15h15).

Claire Chartier

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