Féerie subaquatique

En Belgique, la plongée passionne 24 000 licenciés, tous affiliés à l’un ou l’autre des 270 clubs du pays. Leur motivation ? La perspective d’un plaisir contemplatif et sensitif dans la plénitude d’un univers féerique et d’une atmosphère irréelle

Rien de tel que de plonger dans l’océan sans jamais voir le fond, s’enthousiasmait le célèbre apnéiste Jacques Mayol. Quelle extraordinaire sensation de volupté !  »

Splendeur luminescente des fonds marins, incroyable multiplicité des couleurs, infinie variété de la flore corallienne et de la faune écaillée… : comment s’étonner que le spectacle subaquatique soit ressenti comme éblouissant, étincelant, incomparable ?

 » L’expérience de la profondeur marque un homme, confie Marcus Biehler qui fut conseiller technique sur le tournage du film culte Le Grand Bleu (1988). Quand on rejoint la surface, on n’est plus tout à fait le même.  »

Pour un peu, un tel engouement ferait oublier que la Grande bleue, il faut la mériter. Le néophyte doit en effet s’astreindre à une indispensable période d’apprentissage. L’insouciance et l’incompétence se payeraient au prix fort. Respiré pur, l’oxygène présente un risque mortel dès 10 mètres de profondeur… D’où une adjonction d’azote, à raison de 80 %, dans l’air comprimé que respirent les plongeurs. Mais ce gaz pose un autre problème.

Au-delà de 30 à 40 mètres, il génère ce qu’on appelle  » l’ivresse des profondeurs  » (ou narcose), un trouble neurologique qui est dû aux effets toxiques de la substance en question sur le système nerveux. L’azote, dont la dissolution dans les liquides corporels est favorisée par la pression, semble se fixer sur la myéline (la substance enrobant les fibres nerveuses) et, par voie de conséquence, retarder la transmission des influx. Avec une série de troubles de la perception à la clé : son des bulles plus cristallin, sensation de bien-être… Ce n’est qu’un début. Vers moins 50 mètres, les réflexes s’amenuisent, l’esprit s’engourdit et le bien-être se mue en euphorie. Et, plus bas, le plongeur est sujet à des hallucinations, puis en arrive à se déconnecter de la réalité, jusqu’à perdre conscience. Certes, quelques mètres de remontée suffisent pour que ces effets s’estompent, sans laisser de séquelles. Bien évidemment, toute improvisation est à proscrire sans réserve. Car, en cas de précipitation, l’azote dissous dans les tissus peut se transformer en bulles, obstruer les vaisseaux sanguins et causer des lésions nerveuses irréversibles. Heureusement, la technique ne cesse de s’améliorer. Ainsi, pour limiter les effets néfastes des deux gaz cités, les adeptes des grands fonds recourent de plus en plus au nitrox, un mélange d’azote et d’oxygène, équilibré en fonction du profil de la plongée projetée. Les effets narcotiques de l’azote peuvent aussi être contrés en le remplaçant totalement ou partiellement par de l’hélium, plus sécurisant, mais aussi… beaucoup plus coûteux. Quoi qu’il en soit, il n’est donc pas question de s’improviser plongeur.

Mais pour quiconque s’est donné le temps d’acquérir savoir-faire et matériel ad hoc, la récompense est à la mesure de l’effort consenti. Fascination abyssale et émerveillement enchanteur garantis…

Christophe Engels

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