Faut-il  » mouiller  » Geert Wilders ?

Mark Rutte, le leader du VVD, le parti libéral devenu le premier parti néerlandais, formera-t-il une coalition avec la droite populiste du PVV ? Pour mieux la contenir ?

Pour la première fois depuis le mandat de Pieter Cort van der Linden entre 1913 et 1918, les Pays-Bas s’apprêtent à être dirigés par un Premier ministre libéral, Mark Rutte. C’est son parti, le VVD, qui est sorti vainqueur des élections législatives du mercredi 9 juin, remportant 31 des 150 sièges de la Seconde Chambre du Parlement contre 30 aux travaillistes du PvdA de Job Cohen. Mais sur quelle coalition bâtira-t-il son équipe ? Plus spectaculaires qu’annoncé par les sondages, le recul des chrétiens-démocrates du CDA du Premier ministre sortant Jan Peter Balkenende (de 41 sièges en 2006 à 21) et la progression du PVV anti-islam de Geert Wilders (de 9 à 24 sièges) compliquent la donne. La reine Beatrix a nommé  » informateur  » le chef du groupe libéral à la Première Chambre, Uri Rosenthal. Cette personnalité réputée pour son sens aigu de médiateur a été chargée par le Palais d’explorer la possibilité d’une alliance entre  » le plus grand parti  » du royaume et  » le plus grand vainqueur  » des élections, soit le VVD et le PVV. Le CDA, a priori plus que réticent, serait sollicité pour compléter la coalition.

Un vote anti-establishment

La principale surprise du scrutin réside dans cette percée du PVV de Geert Wilders alors que la campagne électorale avait plutôt délaissé le thème de l’avenir de la société multiculturelle pour se focaliser sur les coupes que la crise économique va imposer au budget batave. Pour Fouad Laroui, écrivain (1) et économiste d’origine marocaine qui vit aux Pays-Bas depuis vingt ans, la  » réussite  » de Geert Wilders est  » d’avoir cristallisé les mécontentements, y compris d’ordre économique, en une détestation générale du système « . Le vote anti-islam se serait donc transformé pour partie en un vote anti-establishment. Cette adhésion aux thèses du député populiste néerlandais n’aurait pas de quoi particulièrement surprendre, note en substance Fouad Laroui.  » Que 20 % de la population estime ne pas être suffisamment écoutée par la classe politique de la capitale est un phénomène classique qui apparaît dans toutes les démocraties occidentales « , juge l’écrivain. De surcroît, ce vote anti-establishment était déjà apparu aux Pays-Bas à la faveur de l’éphémère essor de la Liste Pim Fortuyn, et Geert Wilders n’a eu qu’à  » surfer sur cette vague « .

Le parti du nouveau trublion de la scène politique néerlandaise est-il voué à connaître le même sort que celui de son prédécesseur ? Le rêve de grandeur de la Liste Pim Fortuyn s’est fracassé en 2002 lorsque, associé au CDA de Jan Peter Balkenende au gouvernement, la Liste a montré au grand jour son incapacité à diriger et s’est perdue en luttes fratricides, rappelle Fouad Laroui. Mais son mentor avait été assassiné quelques mois plus tôt. Et  » Mark Rutte, qui n’a jamais été Premier ministre, n’est pas dans les mêmes dispositions pour réaliser un coup machiavélique  » comme Jan Peter Balkenende l’avait conçu avec la Liste Pim Fortuyn, explique Fouad Laroui.

D’un autre côté, souligne encore l’écrivain amstellodamois,  » il y a une limite au vote de protestation. Peut-être que Geert Wilders l’a déjà atteinte et peut-être en est-il conscient. Cela expliquerait sa détermination à entrer au gouvernement aux côtés du VVD. Car, en regard de son ambition personnelle, c’est maintenant ou jamais. Pareille conjoncture ne se représentera plus. « 

(1) Son dernier ouvrage Des Bédouins dans le polder est paru aux éditions Zellige. Fouad Laroui est accueilli en ce mois de juin en résidence littéraire à Bruxelles à l’initiative de l’association Passa Porta. Lire Le Vif/L’Express du 23/10/2009.

GÉRALD PAPY

 » il y a une limite au vote de protestation. wilders l’a peut-être compris « 

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